mercredi 7 mars 2018

L'Objet Parfumant : Œillères, Roberto Greco



Œillères - L'Objet Parfumant
Photo : Roberto Greco




         Le parfum et l'Art. La force évocatrice du premier, les émotions qu'il soulève et les images qu'il peut  envoyer tel un ouragan à travers le visage le dépose indéniablement dans les filets du second. L'esthétisme, la maîtrise, la vision offerte par le parfumeur sont un art. Peu importe le manque de reconnaissance tendant à reléguer le parfum à un simple produit de consommation, de mode ou d'hygiène. Peu importe la médiocrité de certains, foule de mauvais peintres, cinéastes, chanteurs ou sculpteurs existent. Le parfum est un art. Lorsque l'on fait appel à mes sens et que mon esprit s'éclaire et crépite, il y a Art.  Et chose magnifique il y a aussi l'art autour du parfum. Le parfum autour de l'Art. Comme un support, une toile, un cadre... Quand le parfum se fait philtre et filtre, qu'il se fait odeur et tisse un espace exacerbant la vision d'une oeuvre, il y a art.
Œillères - L'Objet Parfumant
Photo : Roberto Greco

       
       Cette chose troublante est rare. Œillères en fait partie. Œillères est la rencontre sensorielle entre deux formes d'art. Tout d'abord les photographies  de Roberto Greco :  le vivant humain et végétal. Les corps, les fleurs. Pas n'importe lesquels, ceux suspendus en cet instant juste avant que tout ne s'écroule. Se figer, sans plus jamais ciller, au bord de la déliquescence ou du gouffre sans jamais y tomber. L'instant où les fleurs se sèchent mais conservent une perle moite le long d'un pétale hésitant entre plastique et parchemin ou encore au cœur d'une tige toujours droite, un dernier défi. Couleurs et graphisme soutiennent cette fierté et poussent la dualité entre dynamisme et agonie à la façon d'un herbier moderne et violent. L'instant où le corps en apesanteur ploie sous un mouvement qui jamais n'aboutira. Courbes et droites, grains et stigmates racontent une histoire muette, le visage emmêlé et absent. Ils jaillissent de nulle part et s'immobilisent, interrogatifs. Et maintenant ?  Forme et lumière donnent à la chair un modelé brut, voire brutale, mais pourtant la matière conserve une sorte de confort, une assurance. Le végétal et la chair s'embrassent et s'échangent leur fin de vie. Ils se répondent, s'accordent et se désaccordent. Un baiser avant la ruine, une nécromancie avant même la mort... Le corps et les fleurs négligées, simplement sublimées et interprétées par le regard de l'artiste.
 
   
 
Oeillères - L'Objet Parfumant
Photo : Roberto Greco


      Autour de cette série gravite L'objet Parfumant. Roberto Greco livre à travers ce second travail une dimension olfactive à ses images. Une fenêtre ouverte aux quatre vents pour nous plonger encore plus au cœur de cet univers troublant de corps et de végétaux. Éclairer, accompagner, porter, ou plus simplement finement souligner le monde d' Œillères. Ici l'art et le parfum s'embrassent totalement, sans question ni fuite en avant : l'odeur fait partie de la série de photographie. Ce que l'on appréhende avec les yeux se décuple avec le nez. On suit l'artiste sur différents chemins et ces chemins sont foutrement beaux ! C'est un petit vortex qui explose. On est aspiré par cette fenêtre qui redimensionne absolument tous les sens. L'idée touche tout le corps grâce à l'odeur. La perception étend son spectre : par la puissance évocatrice de l'odorat non seulement on voit et l'on sent mais on arrive à toucher la matière, les chairs, les fleurs, on réussit à entendre le crissement d'une feuille, le dernier suintement d'un pétale... On touche la chair et sa chaleur ici, sa raideur froide là...


   

 
   


     Cet objet parfumant imaginé par Roberto Greco a été ciselé par le parfumeur Marc-Antoine Corticchiato, dont la maîtrise et la poésie me ravissent déjà à travers des créations comme Musc Tonkin extrait 2012, Tabac Tabou ou encore Fougère Bengale (mon petit trio de tête... Et puis Eau de gloire tient aussi ! ). La rencontre de ces deux artistes a donné cette chose particulière et superbe qu'est :
         

                                                             L'odeur d'Œillères 



     Trompeuse, la violence fusante et cinglante jouant sur un faux camphre. Ce sont des émanations médicinales de thym, de camomille et de lavande. Logées au creux d'une bourse en cuir fendillé et griffé de clou de girofle, elles s'emparent de l'espace livrant un antique pot pourri où écorce d'orange et cannelle s'imaginent à peine.
    Trompeuse, la timide rondeur de muscs patinés et épicés.  C'est la peau gorgée de chaleur qui irradie entre la langueur d'un labdanum mesuré et la souplesse d'un cuir huilé, ciré. Elle susurre à l'ombre du styrax, bercée de douces vagues terpèniques.
    Cette ouverture est un double jeu où ce qui semble le plus arrogant ne l'est pas forcément. Le fouet sec du cuir vert et animal n'est peut être pas le maître... Face à lui la souplesse de la peau satinée par une transpiration sensuelle ne cède rien.
    Deux univers se parlent. L'un tout en sécheresse et vestiges donne la parole aux herbes et aux plantes, elles sont encore vertes mais glissent inexorablement vers le crissement d'un foin, plus sombre et amer. Un tabac blond parsemé de poudre entre cumin et muscade. L'autre univers est un corps, imperceptiblement teinté de cire âcre et de miel amer, où le moelleux des chairs traverse des volutes d'encens trouble. L'encens d'un temple zen croulant sous une végétation en pleine transition. Celle qui meurt et tombe en lambeau, desséchée ou pourrissante,  celle qui se dresse, vive et encore tendre.  Il y a de la pierre dans cette moisson.
    Doucement le cuir de la peau prend possession du tableau, absorbant les herbes comme un remède, piquant quelques fleurs de façon fantomatique, blanches et jaunes, comme une idée de narcisse. Tout s'étiole mais pourtant la force de la présence reste la même : ce sont les contours qui s'usent et se patinent tout en devenant de plus en plus organiques. Œillères navigue d'une animalité un peu sale, le savon crevassé au bord des mains, à un vieil herbier relié de cuir, prêt à réveiller un dernier pétale.

    Il y a une sensualité terrible dans Œillères, celle de ces femmes aventurières du XIX eme siècle qui ont su balayer la connotation frivole du terme lorsqu'il était mis au féminin jusqu'alors. Au cœur d'une nature étrange, de danger en suspend à chaque pas, le corps malmené sans jamais savoir ce que sera l'instant suivant. Etre fière, femme et se sentir merveilleusement bien, n'importe où, ailleurs et loin surtout. Une odeur de corps et de monde à découvrir avant qu'il ne s'écroule.



Œillères - L'Objet Parfumant
Photo : Roberto Greco






dimanche 30 juillet 2017

Digression : D'Humeur à Rire, L'Artisan parfumeur



Prue Stent






                 Me voici donc au pied du mur. Après avoir savouré avec délice les quatre premières humeurs je me résous enfin à mettre le nez sur celle qui me fait un tantinet peur : ici on parle de gourmandise et ce n'est vraiment pas un aspect que j'affectionne en parfumerie ! Je trouve ça atroce au nez et ridicule à l'esprit. Ces odeurs me semblent une mascarade : se parer d'une chose rassurante et régressive, effaçant toute part animale et sensuelle, tout en étant dans l’exubérance d'un moment. C'est terriblement passif agressif en fait. Mais puisque c'est Olivia Giacobetti qui est aux commandes je me raccroche à l'espoir que cela ne peut être absolument atroce. Et puis il y a une sorte de cohérence dans la factures de chacune des humeurs, la patte du nez sans doute. Donc cela doit même être intéressant de voir ce qu'un "gourmand" donne par ce biais ! Hourra !!!  J'ai trouvé mon courage : je vaporise...

D'Humeur à rire : " Un parfum rose. Comme le rose qui monte aux joues quand le fou rire vous prend. Rose vif. Comme un malabar, comme les rayures des bonbons anglais. Comme les ongles peints quand on a douze ans. Gai comme un tour à la fête foraine. Acidulé comme l'odeur de la pâte à ballon malaxée entre les doigts. Claquant comme une bulle de chewing gum sur le nez de son voisin.
    Une bonne raison de le porter : pour éclater de rire, parce que la bonne humeur c'est contagieux. Pour faire des facéties, des blagues idiotes et laisser libre cours à sa fantaisie. "
Extrait du livret accompagnant le coffret.



            C'est un paquet de Malabar qui claque sous le nez. Le chewing-gum ultra chimique aux mille fruits informes est là, très réaliste et sans froufrou supplémentaire (ouf...?...). Je peux esquisser un sourire oui, l'odeur et les souvenirs font leur boulot. Mais très vite le malabar tente de se trouver des amis, de se mouvoir. Il ne fait que se dandiner maladroitement, s'accrochant à un tronc fantôme de réglisse et d'anis, il se noie dans une mare protéiforme où fraise et banane se disputent la place, tentant parfois un allié coté jasmin ou framboise. Je souris beaucoup moins.
           Si le départ de bonbon ultra chimique masque de sa radicalité la perspective gourmande de la chose, cela ne dure pas. On arrive bien vite à ce sucre guimauvesque, gourmand et écœurant. D'abord c'est l'aspect sucre glace d'une guimauve à la fleur d'oranger qui se pointe. Vite rejoint par un relent de loukoum  rose/pistache. La tentative de faire pétiller ce gloubiboulga par un aspect coca cola ne prend pas : limette et cannelle s’ankylosent dans un glucose qui commence à cuire au fond de la casserole. Une sorte de cherry coke à la vanille se réveille.  Ça coule sur une pauvre pomme d'amour dont le caramel ressemble à une fadasse nougatine périmée.
             Entre deux chapitres du livre "comment retourner un estomac sans passer par la case gorge profonde" une sorte de regain de bon sens tente une approche : un solvant semble vouloir faire place nette. Mais malheureusement il ne sort de la bombe qu'une laque Elnett  à la rose sucrée qui finit en gel fixant à la noisette.
             Tout au long de l'évolution je reste sur le qui vive : ce sont les passages entre "les notes" qui sont les plus durs, comme si l'on ne pouvait éviter les heurts de récifs sournois. Chaque instant où une chose apparaît est un mauvais moment à passer. Le temps que cela se fonde. Malheureusement quand la place est trouvée le siège commence et le sucre s'accumule.
              Pourtant cette Humeur n'est pas atrocement "lourde" à proprement parler (et il y a bien pire dans les gourmands). Je n'aime pas les notes soit mais je dois bien reconnaître qu'elle reste un poil "aérée". Mais j'essaie peut être de trouver un truc à dire histoire de faire croire que je suis bonne foi, car en fait d'aération, toute la légèreté se trouve dans la barbe à papa.  Au final on a juste l'impression d'être au milieu d'une usine de malabar, flanqué d'un vieux guide aux cheveux roses trop laqués qui tripote des restes de gâteau au fond de sa poche. Et on ressort en achetant une guimauve rose et violette à rayures oranges parsemée de trois pignons de pin, et une briquette de lait fraise. Non mais si en fait, c'est dégueulasse...

             Je suis assez étonnée par cette Humeur à Rire. Je me retrouve face à un parfum totalement hors contexte. Il ne va pas avec le reste des humeurs. Le fil de facture entre les quatre précédentes humeurs était un régal, une maîtrise poétique qui savait passer de la douceur à la brusquerie. Là c'est juste un bloc qui sert la soupe qu'on lui a demandé.  Si le départ peut être drôle par son univers et nous ramener à nos douze ans, l'évolution tend vers une sorte de petasserie vieillissante se drapant dans les gourmandises pour ne pas être découverte.



Brazil, 1985.




P.S : Je file nettoyer mes narines et m'asperger d'Humeur à Rien... D'ailleurs, Olivia, mon flacon ne tient plus qu'à quelques ml, si tu avais des réserves à partager, je te chérirais encore plus, merci !!!

P.P.S : Et si quelqu'un veut cette Humeur à rire je suis toute ouïe pour un échange...






lundi 10 juillet 2017

Digression : D'Humeur Jalouse, L'Artisan Parfumeur.




Macaron poivron piment



             
                      Le joli moment passé auprès de l'Humeur rêveuse me donne une folle envie de poursuivre l'exploration des Sautes d'Humeur. Jusqu'à présent Olivia Giacobetti a régalé mon nez et mes sens, sans fausse note. C'est d'ailleurs assez extraordinaire : un coffret de cinq frangrances et déjà trois me plaisent... L'Humeur à Rien me mettrait même presque à genoux devant sa poésie si particulière.
                     Alors comme je suis pleine d'a priori sur celle A Rire et que je ne veux pas rompre l'enchaînement délicieux, je me tourne vers la Jalouse, impatiente de découvrir si le plaisir sera au rendez vous ou non. Car tout comme la Rêveuse, elle m'est totalement passée au dessus de la tête lors de sa sortie en 1998. Aucun souvenir pour éveiller mes fantasmes : je peux commencer à déguster le jus sans autre idée que celle offerte par les quelques mots du livret accompagnant le coffret (je ne le lisais pas pour les précédentes).



D'Humeur jalouse : " Un parfum vert. Vert de jalousie. Vert comme une plante vénéneuse. Amer comme un poison. Celui qui empoisonne le sang de la jalousie, celui qu'elle rêve de faire boire à ses rivales, réelles ou imaginaires. Suave comme l'amande du noyau de l'abricot : amande cyanurée, mais si délicieuse dans la confiture qu'on n'y résiste pas...
   Une bonne raison de le porter : il contient le poison et son antidote. L'amer qui éloigne et le suave qui retient. Deux notes contradictoires vibrant dans ce parfum comme l'amour et la haine dans le cœur de la jalouse. "
Extrait du livret.


                  ... Et ces quelques mots donnent une vision plutôt bonne du parfum. Oui c'est sans doute un minimum syndical, mais ce n'est pas toujours le cas dans ce genre d'essai poético publicitaire qui ne tente que de nous vendre un paysage de carte postale idéal. Si l'on ôte ici le côté sentiment, on retrouve tout à fait l'armature du jus et la façon dont il mène sa vie. Et c'est une vie haute en couleur, toute en contraste de vert, de rouge et de mauve.

                  Immédiatement le nez se trouve au cœur d'une étreinte brutale : une verdeur très crue, potagère, encercle une amande fraîche et toxique, très fusante et tranchante. Pas une amande gourmande mais bien celle, amère, dont la liqueur dégouline du noyau broyé. Elle me fait peur : vais je finir nez à nez avec un marmot prêt à se gâter les dents dans les confiseries ? Non. Elle est vite rabattue et assignée à une autre tâche : en sommeil, elle plane, laiteuse, faisant passer l’ivresse pour du confort.
                  Alors se révèle une armada végétale assez tonitruante, traversant potager et verger. Tout d'abord une sorte de citron vert éclabousse l'ensemble pour attirer notre attention et offrir la curiosité d'un céleri, avec sa réglisse terreuse, laissant planer une fausse impression fumée. Puis une feuille de tomate puissante se déchire. Une explosion : du safran, du piment, du poivron vert. C'est terriblement vert. Le vert de l'herbe écrabouillée, amer et persistant dans l'arrière gorge. Passerais-je près d'un muguet sans m'en rendre compte ? Je préfère fantasmer sur une jeune jacinthe qui cache son nom...
                   Il se pose rapidement et laisse vivre la planche en bois blond qui a servi à découper les légumes. Un boisé doux aux mines de cèdres caressantes. Le céleri semble vouloir se transformer et se poudrer. Pour l'instant il observe, au milieu des graines de piment, du paprika et du petit poivre, l'arrivée de fruits : rhubarbe et coing. L'une dégorge déjà une acidité à peine sucrée, l'autre, tout juste débité, hésite entre rondeur et rugosité. Plus tard, ils cuiront, à peine, sous une pincé de cassonade.
                  L'amande reste fraîche et n'a plus aucune trace de cyanure. Après les légumes et les fruits elle tourne son regard vers les fleurs... Si peu évidentes que je semble les rêver. Un rhizome se dessine alors et prend racine. Si proche de Paprika Brasil ! L'amertume et le poudré s'apprivoise. Le règne végétal et humide laisse place à l’assèchement et l'on bascule vers un aspect plus rêche et crayeux. Le Poivron devient piment séché et ne quitte plus le bois. L'iris jette un œil furtif vers une rose fantôme, puis vers une violette piquée sur un long haricot extra fin. Unicorn Spell n'est pas si loin. Mais il les ignore, de peur d'être démasqué à cause de ces trop habituelles compagnes. Il semble bien plus intéressé par les restes du céleri...
                  Doucement l'énergie retombe et les protagonistes s'alanguissent sur un coussin plus tendre et poliment musqué. Mais ils gardent cette étincelle particulière. Entre âcreté végétale à peine fumée d'encens et crépitement ténu de fruits croquants, la racine séchée et pulvérisée garde son maintien, une capucine dans les cheveux, fière jusqu'au dernier souffle.

                  Cette humeur m'a rappelé des parfums que j'aime énormément (elle leur est antérieure) et m'a laissée assister à une sorte de frénésie au cœur des préparatifs d'un banquet en l'honneur du printemps. Cette profusion verte et amère, radicale, si bien balancée est un délice. J'ai envie d'y plonger à pleines mains. Je suis dans le potager, les ongles remplies de terre et les mains pleines de trésors juteux. Une fin d’après midi tiède et pétillante, lumineuse. Du jardin à la cuisine, je joue à l'alchimie culinaire : tout se transforme, ingrédient après ingrédient. Et lorsque cela se calme, il reste l'odeur de la personne avec la trace des végétaux impossible à effacer totalement. La cohabitation avec des fards rugueux d'un autre age peut commencer.



   Margarethe Maillart, ENS de lyon


                 

                 
                   
                   



samedi 8 juillet 2017

Digression : D'Humeur Rêveuse, L' Artisan Parfumeur




Fotolia

           

                Je n'ai aucun souvenir de cette Humeur ci... De la sortie du coffret en 1998 ma mémoire  n'a gardé que la Massacrante et celle A Rien.  Humeur rêveuse n'étant sans doute pas assez marquante ou dans mes goûts. Pourtant en 2005 j'ai craqué immédiatement pour Extrait de Songe... Quel rapport ? Et bien Humeur Rêveuse et Extrait de Songe sont, créés tous deux par d'Olivia Giacobetti, les mêmes parfums. Le joli nom de ce dernier sonnant comme un rappel après sept années de discontinuation. Je pourrais sans doute trouver des différences, à vrai dire j'en trouve un peu. Tout comme j'en ai trouvé à l'époque entre Extrait de songe et L'Eté en Douce (ce dernier nom n'étant que le résultat d'un différent avec la maison Goutal autour de son parfum Songe, qui, olfactivement, n'a d'ailleurs rien à voir. ). Mais est ce du à mon imagination, au vieillissement des jus ou à un réel remaniement ? Je ne saurais le dire. Une chose est certaine il ne s'agit pas de déclinaisons ou d'inspirations mais bel et bien d'une même partition tout au plus jouée par différents musiciens.


              D'Humeur rêveuse : " Un parfum Bleu. Comme l'infini où s'égare les rêveries. Moelleux comme le lit aux draps métis fraîchement lavés et séchés au soleil. Où l'on s'abandonne à la somnolence de la sieste, l'esprit vagabondant entre veille et sommeil. Tendre comme la brise agitant mollement le rideau de lin blanc et apportant dans la chambre obscure les parfums de campagne. Frais comme un verre d'eau de fleur d'oranger posé tout près de l'oreiller.
    Une bonne raison de le porter : faire, pour une fois, l'éloge de la paresse, et ne pas se laisser tout à fait réveiller par l'agitation alentour. "
Extrait du livret accompagnant le coffret.

            Un fût de bière oublié sous l'ombre d'un tilleul, au pied d'un muret de pierre fraîche. La curiosité pousse à ouvrir le tonneau, le nez juste au dessus de la trappe... Voilà la première impression à la vaporisation d'Humeur rêveuse : une bouffée aldéhydée emplie de tilleul et de levure, le cul de bois patinée et très doux. A peine échappées, les vapeurs se dispersent et laissent flotter dans l'atmosphère des particules plus subtiles et changeantes. Plus douces.
                On aperçoit alors un bouquet de roses, vineuses et un peu grasses. Mais elles ne font que flotter, comme une trace attachée aux lieux, pas de majesté ici. Tout au long de l'évolution elles jouent sur un faux cosmétique, des accompagnatrices de l'ombre. La véritable majesté reste le tilleul. Les fleurs à point, miellées et transpirant une toxicité plastique. D'ailleurs elles appellent le lilas, comme une préfigure d'En Passant  (qui sortira en 2000). Un lilas qui aurait copulé avec une glycine et qui s’emmêlerait dans un immense tilleul, fleurs jaunes et grappes mauves dans un subtil équilibre. A coté de cette danse, piqués entre pierre et chaume, se dressent des iris, accrochant l'eau et la craie.                
                 Il y a au milieu de ce bouquet un twist fruité. Pas un fruit mûr, solaire ou sucré. Plutôt une idée de peau de pomme, odorante et végétale.
                L'amertume céréalière ne quitte pas le tableau. On évolue dans une tiédeur fermentée.  Il se glisse même une esquisse de tabac ultra blond, une feuille enveloppante très fine et transparente mais qui garde la douceur d'un soleil rasant. De l'herbe séchée qui resterait duveteuse poudre l'ensemble.
                Je me sens bien dans cette humeur. Entre rêverie et griserie. L'étourdissement du départ se fait de plus en plus délicat. La bière au tilleul, brute et acre, se réchauffe. Après la vivacité du fruit et la rondeur du cosmétique elle met l'accent sur une patine plus boisée sans pour autant devenir boisé : c'est le tronc du tilleul qui chauffe au soleil, le fond de la cuve qui apparaît après désaltération. J'y apercevrais presque le fantôme blanc d'un encens zen, son empreinte fumée imperceptible. (Olivia Giacobette chez Iunx...)
                 Finalement il a quelque chose de sensuel. Pas une sensualité qui appelle franchement la sexualité ou la séduction. Non. Celle qui éveille les sens, celle de la peau heureuse. La facette levure/bière résonne comme l'écho de cette peau ouverte au plaisir. Plénitude et contentement sont tout proches. Ce parfum n'est pas innocent.




               
Tilleul "sully", Veilly

         

             

P.S : En considérant qu'ils sont jumeaux, j'ai souvent lu à propos de L'Eté en Douce qu'il était un parfum doux (voire même "doudou", l'insulte crétinisante ultime en ce qui me concerne.) et réconfortant. Propre et enfantin aussi. Si j'arrive à comprendre le ressenti de cette dimension je n'arrive en revanche absolument à comprendre comment on peut passer à coté de tout ce pan gorgé de sensualité. Un édredon ou un enfant qui sent la bière, ce n'est pas vraiment lisse. Admettons juste que je parle de L’Été en Douce à sa sortie et qu'il a du être reformulé depuis...
             
             
             


         

samedi 1 juillet 2017

Olfactorama 2017 : Éventail parfumé



Eventail Sylvain Le Guen. Photo Stephen Jackson





               Depuis quelques jours L'Olfactorama dévoile les noms des parfums qu'il a sélectionnés tout au long de l'année 2016. Entre mainstream et niche, "junk smell" et "über arty", tout y passe avec comme seule contrainte : la beauté du jus.
               Personnellement ces derniers temps, depuis longtemps, j'ai l'impression de n'avoir quasiment rien senti. Manque de temps, d'envie... Ou peut être simplement manque d'enthousiasme face à des sorties qui ne m'ont vraiment pas excitée. A peine senti, déjà disparu de ma mémoire. Mais peu importe j'ai eu droit à ma session de rattrapage grâce à la dégustation à l'aveugle proposée par L'Olfactorama !
             Cette année j'ai reconnu au mieux trois jus, et encore je risque de mentir. Pourtant en découvrant les noms force est de constater que j'avais déjà bel et bien mis une narine sur au moins plus de la moitié...

              Alors voilà : parmi cette sélection il y a eu des horreurs laissant jaillir un "Pourquoi tant de haine ??? Il faut arrêter là !!!". Les goûts, les couleurs, blablabla, je sais bien... Mais qui peut bien vouloir sentir le Flanby oublié dans un taxi sous un sapin désodorisant ??? Personne de sain d'esprit en tout cas. Puis il y a eu aussi des choses qui m'ont intriguées, flirtant avec des ressemblances ou des accords étranges. Mais malheureusement cette fois ci je n'ai  pas eu ce cri du coeur, "Ho Putain", qui témoigne chez moi d'un réel émerveillement face à la beauté d'un parfum.
             En fait j'ai souvent eu l'impression d'être dans une soirée à thème "Pressing". Si je reprends mes notes je vois :
Chez les Virtuoses  : " Pressing sale pour sirop aux fruits tournés... Reste une chemise rose tout droit sortie du pressing" (oui dans mes notes je me répète)
Du coté de l'Emotion : " Robe à paillette corail passée au pressing"
Le Masculin me présente : "un vieux beau qui tente de se faire repasser au pressing"
Les Féminins se disputent avec : "Voiture à la fraise ou pressing à la fraise ? "  face à "crème caramel dans auto tampon = la Pépette au pressing".  J'ai aussi eu un petit "Jardinet froissé à thème pressing champêtre", celui ci est tout de même noté comme plutôt joli !

 ... Et là, remarquant que les femmes se trouvent envoyées au pressing si souvent, j'ai envie de vous inviter à lire si vous la trouvez la chronique de Nicolas Bedos "Parfums de femmes" dans le Elle du 22 novembre 2013...


          Mais dans cette sélection il y avait aussi un parfum sur lequel je lorgnais depuis un moment. Je le testais régulièrement, sur touche, sur peau. Je n'arrivais pas à départager la part qui me freinait le plus : son prix ou son odeur. Et ce parfum, à l'aveugle je ne l'ai pas reconnu. Des mois le nez dessus à tergiverser et là rien de rien à l'aveugle ! Ce que j'ai noté sur lui ? "Frais et si gentil... Senti 1000 fois. Agréable".  Je me tâte depuis des mois à sortir plus de 90€ pour du gentil commun agréable... Comme il est bon de se faire remettre les idées en place. Très énervée je fus, et au fond de moi je soupçonne encore la trace d'une envie de l'avoir.

          Au milieu de tout cela, ce qui m'a réellement marqué cette fois ci plus que les précédentes année, fut le choix à faire dans la catégorie Virtuose. J'arrive assez bien à faire la part des choses (un peu comme un fast food face à un burger maison ) et jusqu'à présent mes "virtuoses" n'étaient jamais trop éloignés de mes goûts. Mais là, la qualité m'a attaquée du coté d'une note que je déteste. Je me suis retrouvée face à un parfum que je ne porterai jamais et qui m'énerverait sérieusement si je devais le côtoyer ne serait ce que quelques minutes... Et pourtant il est fascinant. Tout son déroulé est absolument incroyable : il se joue des interprétations, il semble déguiser ses véritables aspirations, il transpire une personnalité trouble sous des atours... Mièvres ? Ingénus ?

       
         Finalement ce que je retiens de ces propositions c'est que je dois remercier infiniment L'Olfactorama pour deux raisons : tout d'abord pour l'économie de mes saints deniers dans un parfum que je n'ai même pas reconnu ! Mais surtout pour une envie étrange...  Celle d'écrire, pour la première fois, tout un article sur un parfum que je n'aime pas mais que je trouve tellement intéressant.

       Et puis cette année ce qui a provoqué un réel petit coup de cœur est... Une bougie ! Preuve que le parfum peut faire des merveilles sous toutes ses formes et ça, c'est tout simplement un pur délice.



Candelier, Takeshi Miyakawa. 






samedi 14 janvier 2017

Digression : D' Humeur Massacrante, L' Artisan Parfumeur



Tatouage


         Lorsque j'ai eu le coffret entre les mains c'est elle que j'ai dégainée en premier. Je pensais qu'elle était celle qui m'avait le plus déconcertée à l'époque de la sortie, en 1998, des Sautes d'Humeur . Mais en fait non. D'Humeur à Rien m'avait déconcertée. D'Humeur Massacrante elle, m'avait plu.

        En la sentant à nouveau j'ai été réellement troublée : une impression terriblement familière m'a littéralement envahie. Pourtant il était impossible que ce parfum fasse parti de mon chemin olfactif puisque je ne l'avais jamais porté ni même "approfondi". J'ai alors à nouveau pensé à Passage d'Enfer mais ce n'était pas cela... Le travail d'Olivia Giacobetti à travers Iunx encore une fois peut être ? Ether, L' Eau Sento... Non plus. Bordel, ça sent un truc que je connais, que je porte !!! Je tourne en rond, en bourrique, une idée fixe, un casse tête.
        Balayage du regard vers l'amas de vapos trônant sur la table de nuit. Focus. Déclic. Voilà ! C'est celui ci ! Je peux enfin jouer au lion tranquillement, j'ai trouvé ce qui m'était si familier et je suis plus qu'étonnée. D'ailleurs j'aurais peut être dû m'abstenir de poser le nez sur ce fait, car je commence à avoir du mal à dissocier les deux parfums. Il s'opère une sorte de mise en parallèle incontrôlable dès que je respire cette humeur. Je ne suis que points communs et oppositions, toute en échos.


                                                                               D' Humeur Massacrante

" Un parfum rouge. Comme voir rouge. Brûlant comme le feu. Énervant comme trop de café. Piquant comme la moutarde qui monte au nez. Soufré comme l'allumette qui craque. Et la flamme qui part dans un éclair... Comme une colère !
    Une bonne raison de le porter : le vaporiser, c'est comme casser une pile d'assiettes. Une façon d'exprimer sa colère et en même temps de s'en libérer. Une colère qui s'envole en particules odorantes, c'est tellement léger à porter ! "
Extrait du livret accompagnant le coffret.

         L'ouverture, sans noirceur pour autant, est plus sombre et compacte que celle de son parfum frère qui ne me sort pas du nez. Si le frère offre la fausse limpidité d'une couture de foin nimbé de maté, cette Humeur Massacrante elle se trouble d'alcool suave :

        C'est une valse entre poudre épicée et vieille liqueur aux plantes. Clou de girofle, cannelle et mélisse, une idée de Becherovka dans l’atmosphère. Un zeste amer ? Entre orange et pamplemousse peut être. Un jet lumineux, une tornade au sourire déconcertant. L'encens, bardé d’échardes, roule avec délice dans ces clous, traverse la muscade, froisse la coriandre et atterrit dans un joli poivre grisé qui chatouille le museau.
        Ce n'est pas vraiment sec : on sait le paysage encore imperceptiblement humide. D'une averse brusque et fugace, de celle qui laisse juste le temps à la terre de coller, ici et là, en gouttelettes compactes sa poussière superficielle. Une poussière de terre ocre, pâte de piment légèrement sucré, pas en gourmandise, juste comme un grain de sel exhausteur de gout. Puis tout se broie. La sécheresse reprend ses droits et les matières s'effritent dans l'air, minuscules particules en apesanteur durant quelque instant... Son frère est si proche.
        C'est un brusque coup de vent brûlant qui vient tout coller à la peau. Légèrement fumé, comme à peine torréfié, le cuir très fin s’imprègne de l'encens et des épices. Autour les bois ont chaud eux aussi. Cèdre, santal et vétiver se dressent fièrement, géants face aux poudres rouges.  C'est une route qui s'ouvre, tourbillons poussiéreux et arbres majestueux en lisière. Cette route est la même, peut être juste un autre jour, un autre moment, mais c'est bien celle qu'empreinte son frère en 2006 par la grâce d'Isabelle Doyen pour Les Nez...
         Lorsque la colère retombe (une colère souriante et éprise de liberté s'il en est...) il reste la trace, en transparence, vergeure et pontuseau, de l'encens et du vétiver. Mais ce n'est pas pour autant ténu, le papier vergé tiendrait même plutôt du parchemin légèrement viril. Il quitterait un peu son frère d'ailleurs ici, et saluerait un cousin proche : Tumulte, Lacroix (2005)

        Humeur Massacrante et Let me play the lion sont si proches... Ils sont beaux. Une même histoire avec un autre point de vue. Le Lion attend l'orage, Massacrante l'a essuyé. Je reste plus attachée au Lion et son avidité d'espace, il me parle d'aventure, une pionnière de l'aviation qui pose son coucou sur une piste africaine. Massacrante me fait parcourir la piste à pied, je me sens moins à l'aise, un peu écrasée par la grandeur des arbres...



Arbres, Automne. Achille Emile-Othon Friesz, 1906

                                             

     





dimanche 1 janvier 2017

Digression : D' Humeur à Rien, L' Artisan Parfumeur


Photo : Chrystelle Lance
   


           Lors de la sortie en 1998 du coffret Les Sautes d'Humeur par Olivia Giacobetti pour l'Artisan Parfumeur, mon enthousiasme avait été freiné par le côté "palette" de la chose : 5 parfums c'est bien mais il y a toujours des aimés et des délaissés dans l'histoire. Ainsi voir un flacon chéri diminuer dangereusement alors qu'un autre, dont on se fiche, reste résolument plein est assez frustrant à mon gout ! 15 ml c'est bien peu lorsque l'on aime mais c'est beaucoup trop lorsque l'on déteste. C'est aussi, d'une certaine manière, payer 5 fois le prix d'un seul flacon réellement désiré... J'avais donc renoncé, gardant simplement le joli souvenir de leur existence. 
           Mais le parfum finit toujours par sonner deux fois : une occasion s'est présentée et je les ai enfin aimablement adoptés. Je me souvenais que l'une d'elle en particulier, même si je n'avais plus la moindre idée quant à son "univers olfactif", m'avait interpellée. Je pensais que c'était la Massacrante. Mais non. 
            Une à une j'ai remis mon nez dessus et j'ai retrouvé celle qui m'avait marquée : un véritable bijou à faire pâlir les niches actuelles qui "inventent" des odeurs/concepts plutôt que des parfums en se rêvant modernes et originales. 
            Sans l'ombre d'un hasard c'est donc celle ci qui ouvre le bal du coffret et c'est une folle bourrasque qui me transporte : radicale et fantomatique, d'une poésie sombre et transparente à la fois.

                                                                               D'Humeur à rien :
" Un parfum gris. Comme grise mine et ciel d'automne. Humide comme une maison qu'on ouvre et la bouffée de nostalgie qui vous submerge soudain. Silencieux comme une retraite volontaire à l'écart du monde. Rafraîchissant comme l'église où l'on se glisse un jour de chaleur accablante. Pénétrant comme les vapeurs d'encens qui vous entraînent à la contemplation.
    Une bonne raison de le porter : avoir envie de rester en tête à tête avec soi même, de prolonger encore un peu cette mélancolie qui se laisse apprivoiser et vous rend un rien mystique. "
Extrait du livret accompagnant le coffret.

       
     
         Le pouvoir évocateur de cette humeur est d'une puissance incroyable : cela aurait pu être casse figure et virer à l'exercice de style caricatural, être une grossière image d’Épinal pour jouer dans la cour de l’excentricité. Mais il n'en est rien. La délicatesse d'Olivia donne au jus une étonnante mesure (comme pour nombre de ses encens d'ailleurs : Passage d'enfer, Artisan parfumeur, L'Ether, Iunx, voire L'Eau Sento, chez Iunx également) : on évoque de façon radicale mais sans rien d'inutile. La mise en scène n'est pas théâtrale, les passages obligés sont contournés et surtout il n'est pas question de faux semblants.

         L'ouverture est une aspiration brutale. Un élixir concentré d'eucalyptus camphré en guise de clef sur un autre monde. Les images se bousculent à travers une foret fantasmée entre cèdres et cyprès, le film se déroule à toute vitesse et soudain on y est. Ailleurs. Un lieux fantomatique, comme un souvenir, un rêve de vie antérieure. L'atmosphère est terriblement renfermée, la pierre s'effrite et l'encens cru crisse sous chaque pas. En volutes il s'est incrusté partout : le livre en cuir relié, le crayon taillé au cutter, le bénitier où croupit une eau suintant par magie... C'est du plâtre moisi piquant, de la suie acre incrustée sur les briques de la cheminée négligée, du linge rêche qui ne séchera jamais, des fleurs mortes depuis des éons...  
        D'ailleurs celles ci en se décomposant reviennent à la terre, et là, poussant la trame en dentelle des feuilles décharnées, un champignon pointe, pas celui du gardénia, non, celui des forets où les bactéries font une orgie après la pluie.
         En se posant, le parfum découvre encore quelques pierres couvertes de mousse où semblent vouloir pousser trois clochettes de jacinthes sauvages, un peu plastique, blanches aquatiques, une idée de lys qui n'ose se montrer. Dans un coin on raccroche le long manteau en cuir fumé, raide et froid.
         Les vapeurs anciennes, d'encens et de feux de bois, se dispersent négligemment, elles baissent le son. Des raies argentées transpercent alors le brouillard spectral et troublent la vision. Elle s'estompe. La main s'accroche à la maie encaustiquée pour ne pas quitter les lieux.
          Finalement c'est la peau délicatement poivrée et piquée de quelques échardes qui garde la trace. Les cheveux un peu fumés. La chemise de lin épais qui malgré les copeaux de savon conserve la moisissure du temps. Il suffit alors de plonger son nez au creux de soi pour tout revoir, en douceur.



Photo : Christian Peter







       
     



P.S : Bonne année !


dimanche 25 septembre 2016

Digression : Iris, Aurokind

Ou devrais-je dire Kewda ? J'y reviendrai.


        Ma réelle rencontre avec l'iris doit dater de cette création de 1999 pour Hermes, par Olivia Giacobetti : Hiris. C'est là que j'ai compris cette note et que j'ai appris à la reconnaître au milieu des innombrables autres qui peuvent l'accompagner dans un parfum. Mon histoire d'amour a alors commencé avec cette "fleur souterraine".
        Et c'est une histoire qui coûte fort chère.
        Si son évocation dans les parfums au registre cosmétique ou classique intemporel est courante et "abordable", et que j'y trouve parfois mon compte avec délice, il s'avère que ce propos n'est plus dans mes désirs d'iris aujourd'hui.
       Car voilà, cet iris je le veux en majesté et non pour farder un masque ou revêtir une chemise en soie. C'est donc là que cela se complique :  Iris Silver mist ? 170€ les 75ml... Purple Rain, Prada ? 250€ les 100ml... L'Heure Promise ? 264,50€ les 75ml...  La mode des parfums de niche joue sans doute un rôle magistral dans ce foutage de gueule financier même si la matière première est exorbitante en soi effectivement. Et chaque année on peut s'attendre à la traditionnelle augmentation de 5€.... Mais bon, pour l'iris déjà en 2007 avec feu Iris Pallida de L'Artisan Parfumeur on était, si mes souvenirs ne délirent pas trop dans les 240€ pour 100ml (puis il fut soldé quelques années plus tard à 40€. Souriez si vous avez payé...). Iris Silver mist, plus ancien (et tout simplement maître divin de sa catégorie), 1994, je l'ai connu au milieu des années 2000 à 105€...

     
     Alors comment ne pas sauter sur l'occasion de découvrir un nouvel iris pour une addition divisée par 100 ?!  Je n'en ai aucune idée puisque j'ai tenté.

Voici l'objet : un étui, avec à l'intérieur un roll-on 5ml, où il est indiqué Iris, Huile essentielle. Alors
oui je souris aussi devant ce liquide à 2,50€ qui me prend un peu pour une buse, moi qui rêve de massage au beurre et de baignade dans l'absolu (quelques dizaines de milliers d'euros le demi litron donc) ... Mais bon finalement on appelle bien du soja "steak" parfois alors pourquoi pas, rêvons tendrement même si déjà on y croit moins...
Et puis il y a aussi inscrit en petit, entre parenthèse, juste sous l'appellation iris le mot Kewda. Aucune idée de ce que c'est (grosse lacune) : nom botanique pour l'iris ? Sans doute pas ! Un mot exotique spirituellement inspiré ? Le parfum (simplifions ainsi la chose) est de la marque Aurokind, sise à Auroville, en Inde, connu pour... A vous de choisir l'ample débat pour la soirée à venir.
Et rien d'autre n'est précisé (si : les précautions blablabla). Impossible de savoir donc ce qu'il y a réellement dans cette fiole, pas de composition autre que HE, Iris et Kewa. Sur la fiole il y a tout de même inscrit : "fragrance blended from fine essentials oils".

 
   

Fleur de Kewda mâle
   

     J'ai alors consciencieusement cherché ce qu'était "Kewda"... Et c'est un extrait distillé issu des fleurs mâles de Pandanus. Il se retrouve effectivement en parfumerie (à priori assez prisé pour les attars) mais aussi en cuisine. J'ai donc appris une belle chose (bien plus en fait du coup), cela vaut déjà bien les 2,50€. (Un tour sur Fragrantica pour aller plus loin sans passer par toutes les pages botaniques, commerciales ou farfelues est parfait pour commencer en fait)
     Mais tout cela ne m'avance pas vraiment beaucoup car je n'ai pas su trouver de renseignement sur le contenu de ma fiole : Huile de kewda "parfumée" à l'iris ? Huile essentielle de Kewda ? Huiles de plusieurs choses parfumées à d'autres choses ?... Tout cela est très spirituel...


                                                                   


                                                                   


                                                                          Alors ça sent quoi ??? Pas l'iris.


      Désolée pour cette introduction totalement nulle et non avenue donc. Mais en revanche ce parfum est terriblement intéressant ! Il joue le jeu répulsion/attraction de façon assez addictive pour moi. Si je dis qu'il pue la cave à roquefort pleine de couronnes mortuaires défraîchies, je ne peux pourtant m’empêcher de mettre mon nez dessus, entre étonnement et satisfaction.
      Le départ me plonge dans une vieille pièce décrépite, voire dans la seule pièce encore debout d'une maison insalubre que l'on tente de sauver. Puis on se met au travail, on ouvre le pot de peinture et là on aperçoit un vase où se décompose des gardénias coupés. On les enlève pour les jeter, un fantôme de fleur blanche effleure la puissance de l'eau croupie et des tiges vertes moisissant, ça se mêle à la peinture, à la poussière, à la terre.
      C'est du Tipex aux champignons, humide et terreux. Ce sont des fleurs puissantes et acres qui malgré leur superbe jeunesse se liquéfient dans la pourriture ambiante, des limites d'ammoniaque se dessinent presque.
      Et pourtant... Sur les ombres de ce qui fut peut être une corbeille de jacinthes aux accents de glycine, piquée de gardénias et de roses, plane une rondeur d'abord sourde : un miel d'oranger. Je n'arrive pas à décider s'il poisse l'affaire ou si au contraire il fait voler les voiles des fantômes.
      L'effet de décomposition s'efface peu à peu, jamais totalement. L'air semble alors avoir subi une sorte de cérémonie purificatrice (oui, c'est Auroville, spirituel...) et des volutes d'encens habitent l'espace. Un encens au sens totalement commun/dévoyé/impropre, pas celui de matière précise, non. Celui fantasmé des boutiques indiennes, un imbroglio d'épices au santal.
      Puis le miel devient presque cosmétique, entre teintes violacées et pourpres, porté par un effet fleur d'oranger huileuse et lourde. Comme si la poussière ambiante tentait de se changer en masque poudré. En vain, elle s'accroche.
      Malheureusement le final se révèle floral et ennuyeux, comme s'il suffisait d'aérer pour que tout se répare.  Mais cette histoire à l'envers était très jolie.

      Et puis... Je le sens cet iris. A travers l'évocation râpeuse et florale, flétrie et aérienne. Il pourrait même venir de la magnifique maison Caron en plein écroulement avec ses accents miellés. Mais ne serais-je pas dans une généreuse exagération rêveuse ?




Flower house, Detroit. Par Lisa Waud, photo Heater Saunders
 


 


samedi 18 juin 2016

Olfactorama : L'heure du couronnement...

           

       L'aiguille de l'horloge a cessé de tourner et le moment de vérité a sonné. Si l'Olfactorama nous a distillé au fil des jours sur sa page facebook les noms des parfums sélectionner pour chaque catégorie, le grand soir révélant les vainqueurs vient tout juste de se dérouler.
Voici donc le résultat cette course sensorielle :


L'élu Atmosphère :
Dans mon lit, Malle
Kaolin, Iunx
Dark Galleon, Arquiste
Surreau Noir, Iunx
Marché aux épices, Diptyque.

...Mon coup de cœur et donc vote était pour Surreau Noir! J'ai ensuite longuement balancé entre Marché aux épices et Galleon. Galleon fut ma troisième place... Mais Toutes étaient assez agréables en fait et je suis contente du résultat, c'est une bien belle bougie...



L'élu Grand Féminin :
Must Gold, Cartier
B Balenciaga, Balenciaga
Narciso, Narciso Rodriguez
La fille de l'air, Courrèges
Aromatics in white, Clinique

... Dont je n'avais reconnu aucun sélectionné, et pour cause je ne les avais jamais croisé ! J'avais donc abordé cette catégorie totalement vierge. Et ce moment ne fut pas vraiment mémorable : je n'avais même pas su choisir 3 parfums sur les 5 proposés pour le premier tour. J'avais voté pour le Balenciaga dont j'adore littéralement le départ, seulement son l'évolution trop boisée gache beaucoup sa particularité. Must gold était mon deuxième choix, mais sans conviction. Le Narciso je ne peux vraiment pas : le coté femme sans poil refaite de partout ça me fait débander. 
Une première place en double qui ne me convainc pas donc...


L'élu Grand Masculin :
Infinity Spices, Mercedes Benz
Equipage Géranium, Hermes
Habit rouge dress code, Guerlain
Au masculin Extreme, Lempicka

... Je n'en connaissais qu'un seul, que je n'ai pas reconnu : Équipage géranium, Hermes. Pourtant je l'avais adoré à sa sortie -même si sur peau l'évolution me plait moins avec son travers masculin surané. C'est le vainqueur et j'en suis bien contente ! Ensuite par pure déduction j'avais pu en replacer deux : Au masculin extrême, Lempicka et Habit Rouge dress code, Guerlain.  Le quatrième, Infinity Spicy, Mercedes Benz : j'ignorais même sont existence et c'est là que je dis merci à l'olfactorama car c'est une belle découverte, il était en troisième position dans mes votes...


L'élu Grand Mixte :
Eau parfumée au thé noir, Bulgari
Infusion d'oeillet Prada
Eau de Cartier vetiver bleu, Cartier
Infusion d'amande, Prada
Eau parfumée au thé bleu, Bulgari

... Là j'en avais reconnu quatre sur cinq, seule L'eau parfumée au thé noir, Bulgari, m'était inconnue. Et j'en possède trois sur cinq : Vetiver bleu, Cartier,  Infusion d'oeillet, Prada et Eau parfumée au thé bleu, Bulgarie. Le choix fut dur entre Oeillet et Thé bleu, mais finalement j'avais voté pour le Bulgari et son coté thé vert infusé de lavande irisée... Mais le Prada est vraiment très beau et je crois bien qu'en fait il le mérité réellement ce prix...


L'élu  Emotion :
Oriental Express, Mugler
Palissandre d'or, Aedes de Venustas
Tabac Tabou, Parfum d'empire
Tellus, Liquides imaginaires
Succus, Liquides imaginaires

...J'en connaissais quatre sur cinq. Mais je n'en ai reconnu qu'un seul : Tabac Tabou, Parfum d'Empire. Et sa victoire est tout simplement une évidence : c'est un parfum qui a une âme, tenu d'un bout à l'autre par la passion et la sincérité. Tripes, couilles et savoir faire sur la table : c'est beau et ça marche, merci. Pour les trois autres (les Liquides et Aedes), à ma décharge, j'étais persuadée qu'ils étaient sortis de longue date. Un soupçon de mauvaise foi ? Sans doute, mais une chose est sure : ils ne m'avaient pas marqués lorsque je les avais découverts... Quant au Mugler, ce fut une découverte totale et pas trop mauvaise ! 



L'élu Virtuosité :
The Night, Malle
Misia, Chanel
Cologne indélébile, Malle
L'heure Perdue, Cartier
Chyprissime, Mugler

...Quatre sur cinq connus et reconnus ici (seul Mugler était un iconnu, et il fut une rencontre intéressante encore une fois !). J'ai eu énormément de mal à choisir mon vainqueur. Je pense même qu'aujourd'hui j'en choisirai peut être un autre. Le cœur, la raison, les sentiments, les desseins... Mais jamais je ne choisirais Misia pour cette catégorie!!! Faut pas déconner : il est beau, je l'ai. Mais il n'a rien de virtuose, il est bien fait, travaillé, mais il ne virevolte absolument pas sur les mêmes cimes que The Night ou la Cologne Indélébile!!! J'ai voté The Night, j'aurai du voté pour la Cologne je crois : oui là c'est un excercice tellement maitrisé et ciselé.


L'élu Patrimoine :
Cologne à la Russe, Institut très bien
Cuir de l'aigle russe, Oriza Legrand
Vacances, Patou
Vétiver, Le Galion

...Sur les quatre sélectionnés, j'en connaissais deux en version vintage et actuelle : Vetiver, Le Galion et Vacances, Patou. Les autres je les connaissais à peine en version actuelle. Ce fut compliqué de faire abstraction de ce "détail". Mais finalement en s'attachant au mot "Patrimoine" les choses s'éclairent et le nez suit plutôt bien : Vacances pour moi aussi. Et d'ailleurs je trouve que c'est un des Patou  rééditon Héritage le plus réussi (je n'ai pas remis le nez sur le vintage depuis des eons, ceci explique peut etre cela!)





        Et L'olfactorama a aussi tenu à mettre en lumière un parfum qui a particulièrement marqué chacun des ses membres. Un parfum qui leur semble important, tant avec le nez qu'avec le cerveau. Un parfum autant attaché à l'odeur qu'à la manière de la créer. Un parfum au propos qualitatif et "politique" finalement.
 Le prix Spécial de L'Olfactorama est donc pour : L'Heure Perdue, Cartier.

Ce que j'en pense ? Il me faudrait disséquer cette Heure qui n'est absolument pas ma préférée...
     Alors tout d'abord le propos revendicatif : le travail ici n'est réalisé qu'à partir de matière synthétique. Bien, alors je m'en contre fiche royalement. Cela éduque les foules ? Peut être donc fort bien. Avec une once de réflexion je dois avouer que cela me réjouit de voir un clou s'approcher du bec des pro naturel incultes, persuadés que la nature est bienveillante, jolie et la chimie toxique, moche. Un peu de de laurier rose dans votre tisane aux feuilles de rhubarbe ?
    Maintenant l'odeur : Il y a une chose très addictive, je l'ai déjà dit il me semble. Un coté charnel entre sécrétion intime et pâte à pain gorgée de levain. La pâte repose et gonfle, ça fermente, la croûte se forme et craque. C'est très organique, j'aime énormément. Mais ce n'est pas assez poussé. C'est subtil dirons nous. Ennuyeux aussi alors. Puis ça se fourre d'une vanille suave et là on me perd totalement : une sorte de serpent douceureux ondule et retourne l'estomac. C'est très texturé mais mon pain est bien gaché : la chaleur de la cuisson lui donne des allures de jeunesse bécasse.



      Une fois de plus ce fut un plaisir de participer à l'aventure de l'Olfactorama. Mon nez a joyeusement vogué entre enthousiasme et dégout, ce qui est un plaisir pour chacune de ces facettes sensorielles : il a vécu pleinement et il est bien content !
       Et vous savez quoi ? J'ai bien envie d'un peu du B Balenciaga (qui me rappelle donc la discontinuée eau de Bambou de kenzoki et le nouveau Jo Malone Nasturtium & Clover ) !!! C'est déroutant non ?  Bon je vais d'abord prendre une bougie Surreau noire chez Iunx et me faire un shoot de Tabac Tabou... Je ne sais plus où donner de la tête !!!




Corine Rottschaffer, miss monde 1959



                                         
   
   






dimanche 5 juin 2016

Olfactorama 2016 : L'heure tourne...

Harold Lloyd, Safety Last ! , 1923



      ... Et oui le temps passe, je m'accroche et je plonge dans la suite de la sélection. Je dois tout d'abord choisir par quel bout je vais prendre tout cela. La raison me pousse vers un certain ordre mais l'envie fait tout à l'envers.
       En réalité je crois n'y avoir même pas pensé sérieusement, j'ai juste foncé pour être débarrassée de cette catégorie qui me fait toujours un peu peur, allant jusqu'à oublier qu'elle existe encore de nos jours. Mais c'est parti, voici donc mon nez dans les M :



MASCULIN : 

M1 : Il ressemble à une piste d'atterrissage que je connais mais dans un autre pays. Ici le vent souffle plus fraîchement en faisant tourbillonner les épices dans la poussière... Le mirage d'un bel aviateur encore sale mais déjà propre.

M2 : Ho putain, j'adore ! L'impression d'être dans une maison connue dont on découvre une pièce secrète. Peut être justement un peu trop esprit "maison" d'ailleurs, mais alors on s'en fiche complètement tant c'est agréable !

M3 : Prenons un Dragibus et laissons le tomber dans la crème Nivéa. Bel effet qui donne envie de sucer un bonbon mais qui ne donnera certainement pas à monsieur la même faveur car l'estomac pourrait ne pas être loin des lèvres, ce qui avouons le, rendrait l’exercice périlleux...

M4 : Pourquoi tant de haine ? Bon d'accord j'ai aimé ce qu'il fut dans une autre vie (la sienne et la mienne) mais il ne suffit pas d'un twist nouveau pour retrouver ses amours ! Là, le déroulé de vie masculine entre l'acné testostéronnée au Macumba et la chemine blanche ouverte sur poils grisonnants chez Barclay est assez brutal.
     



      Ensuite, sachant déjà celui que je voulais garder pour la fin, j'empoigne les F :

FEMININ :

F1 : Sur un petit chemin, écrasant les herbes, froissant les bourgeons des buissons... Patatras ! Un caillou et je tombe la tête la première dans le gâteau. Quel dommage ! j'étais bien dans ce joli décor. Heureusement il reste à peu près comestible ce gâteau (enfin faut pas trop racler non plus ! )

F2 : Voilà ! Ça c'est un vrai beau chemin ! Terre et herbe à la tombée de la nuit, la chaleur emmagasinée qui pulse encore un peu. Comme il fait bon vivre. Il me semble tout simple, ultra facile et j'aime ça. Mais je me demande bien ce que c'est car il me fait penser à un disparu de longue date et à un bien trop récent pour cette promo...

F3 : Non merci. C'est classique, ça cocotte un poil sans poil comme un lifting dans Brazil.

F4 : Mais il est kromignon ce beau bébé biberonné façon cologne, on pourrait presque sentir un souvenir de vomi laiteux au loin. Enfant ou pâtisserie, c'est d'un ennui...

F5 : Je ne vais pas aller loin : ça pique et ça écœure. Que demander de plus ? Que cela cesse. Ce qui arrive assez vite, du moins ça se calme, et il semble que seul l’écœurement persiste. J'avoue tout de même qu'un truc (que je ne définis même pas) ne me déplaît pas tant en fait.


   

    Et enfin, la catégorie qui me rend le plus impatiente, car c'est bien tout ce que je demande à un parfum, les E :

EMOTION :

E1 : La main plonge dans le sac et sort un vieux rouge à lèvre, superbe moment suspendu... Puis elle trouve un paquet de croquants amande-noisette. Elle était si jolie... Puis elle a mangé trop de gâteaux.

E2 : Frotter un animal avec du persil est il considéré comme de la maltraitance ?  Au départ oui sans doute, ça pique. Mais finalement lorsqu'on le recouvre d'une serpillière moisie pour le consoler ça passe plutôt très bien.

E3 : Luxe et volupté. Peau et soleil. Fourrure et sexe. Addictif comme une trace de débauche, élégant comme une nuque de danseur (oui!). Une richesse folle, facettée et ambiguë.

E4 : Formule qui pique numéro 267... Je suis sur un bateau avec ses sièges en plastique, son essence, son vernis, la mer. C'est chaud mais inanimé. Un effet manqué sans aucun doute, je ne suis absolument pas où je devrais.

E5 : Comme c'est étrange. Plein d'informations contradictoires, une heureuse foire où les autos tamponneuses sont reines. Des choses que j'aime se heurtent à d'autres que je n'aime pas du tout. Je ne sais pas si j'aime donc : c'est comme déguster, avec des couverts en plastique, des fines de Claire aux gariguettes sur tian de courgettes aux abricots.




       
J'en ai reconnu bien moins que la fois précédente et certains ne sont que de pures déductions.  Il y en a même un qui me trouble beaucoup car je pense le connaitre et normalement je l'aime vraiment énormément, mais là un truc, qu'habituellement je n'ai pas, me saute dessus et casse tout... Très étrange, sans doute une erreur de ma part... Mais quand même ça me désole, vivement que cela soit tiré au clair !
       Il y a une catégorie dont je n'ai pas parlé car sa découverte se fait de façon différente et je livrerais trop de secrets à m'expliquer. J'y reviendrai peut être dans un compte rendu !
       Maintenant que j'ai livré mes premières impressions, sans rien analyser, de façon totalement spontanée, il va me falloir reprendre tout ça avec plus de précision et de calme. Et enfin je n'aurai plus qu'à faire mes choix. Certains sont évidents d'autres pas du tout et parfois, pour couronner le tout, cœur et raison s'affrontent... Tic tac, tic tac... Je m’attelle à la réflexion et ne lache rien!











Addenda :
Voici les noms des parfums qui ont été testés en aveugle

M1 : Infinity Spices, Mercedes Benz
M2 : Equipage Géranium, Hermes
M3 : Habit rouge dress code, Guerlain
M4 : Au masculin Extreme, Lempicka

F1 : Must Gold, Cartier
F2 : B Balenciaga, Balenciaga
F3 : Narciso, Narciso Rodriguez
F4 : La fille de l'air, Courrèges
F5 : Aromatics in white, Clinique

E1 : Oriental Express, Mugler
E2 : Palissandre d'or, Aedes de Venustas
E3 : Tabac Tabou, Parfum d'empire
E4 : Tellus, Liquides imaginaires
E5 : Succus, Liquides imaginaires

mercredi 25 mai 2016

Olfactorama 2016 : Course contre la montre !

Harold Lloyd dans Safety Last (monte là-dessus en vf) 1923


 
        Cette année il va falloir être rapide et organisée : je viens juste de recevoir le kit de 28 parfums pour la découverte en aveugle de la sélection Olfactorama 2016... Nous sommes le 25 mai et je dois donc rendre ma copie au plus tard le 6 juin ! Autant dire qu'avec ma vie sublimement bien remplie (ou à cause de mon organisation désastreuse peut être...) cela va être une véritable gageure.  Mais c'est aussi excitant je dois l'avouer, et je suis donc directement dans les starting block, prête à dégainer les mouillettes et à donner de ma peau pour la cause olfactive.



                                                                       Et voici ce qui va faire courir mon nez :




     Une fois n'est pas coutume, je vais me ruer sur ce qui brille et qui porte la mention "ouvrir pour sentir" car c'est une invitation qui ne se refuse pas ! Et puis dans le même set il y a aussi ces deux petits pots, l'un rempli de blanc, l'autre de noir et cela m'intrigue tout autant... Sans oublier un échantillon liquide qui se balade tout esseulé.
     Hop mon nez entre dans la course avec la catégorie estampillée A pour :

ATMOSPHÈRE :

A1 : Ha ! Non, non, non ! Ça ne va pas du tout ça...  Et en plus c'est le liquide à vaporiser ! Alors que je sentais des volutes de cumin émaner du kit tout entier, je tombe en premier sur celui qui n'est que petites fleurs typiques d'une bombe désodorisante alliant rose, muguet fraîcheur du jardin des lilas perdus... C'est fort désagréable, je ne vais pas au delà des premières secondes !!! (flûte, je passe peut être à coté d'un truc, mais ça pique trop...)

A2 : Le pot blanc... Voilà qui me calme car c'est tout confortable. Douceur floral poudrée, pointe fruitée acidulée ( à peine en fait, peut être pas du tout !). Oui c'est agréable. Mais j'ai un peu de mal à le sentir correctement dans cette présentation il me semble, ou alors il est très tamisé à froid. Il y a une légère sensation anis/réglisse réchauffée qui me plait mais il semble qu'un gourmand caramélisé plane sur l'affaire et cela m’écœure finalement.

A3 : Alors là je ne peux pas dire qu'il est tamisé celui ci (c'est un des papiers qui brillent)... Il envoie tant d'ailleurs que j'ai un peu de mal à tout déterminer pour un premier temps. Dans des codes très masculins il envoie valser la fougère sur du bois brûlé au relent de zan cuiré (la réglisse aurait-elle contaminée le pot blanc ? Je m’interroge presque...) J'aime énormément l'effet brutal cramé, mais j'ai du mal avec le nuage "Brut de papa".

A4 : Haaaaaaaaaa ! J'ai le droit de le manger ce truc du pot noir ? J'adore. C'est de la feuille et du fruit sur buisson avec le souvenir d'une cheminée lors d'une autre saison. Mais c'est aussi toute la sève et les résines qui se dressent, fraîcheur dehors et chaleur dedans... En fait c'est étrange je suis entre buisson et sapin. Peu importe j'aime vraiment cette odeur

A5 : L'autre papier qui brille... C'était donc lui qui embaumait le cumin ! Ça dépote grave. Je suis conviée à un barbecue saturé d'épices, le bois brûle, et je me vautre allègrement dans le cumin donc, romarin, coriandre, poivre sauvage de Madagascar et autres délices... En fait il y en a tant que je ne sais plus. Ça sent très bon, avec un bémol sur le nuage masculin (encore lui) qui l'entoure, mais c'est du couillu bienvenu tout de même.



   
     Enchaînement arbitraire avec... U. Quand il faut choisir parfois il n'y a aucun risque à laisser faire le hasard. Alors je pioche et je dois dire que ça me va de passer par lui avant de faire dans le clivage masculin/féminin. Donc U comme Universel, Unisexe ou encore comme :

MIXTE : 

U1 : Métal et levure. L'ouverture me picote un peu façon détergent à la rose pour silo céréalier crotteux perdu au fond des bois. Mauvaise pioche, je ne trouve rien à dire pour ce premier parfum !

U2 : Du vert pour la fraîcheur et du "bonbon anglais" pour se retrouver dans le cabinet du dentiste ?!? Une chose intrigante et très réussie dedans. Oui, donc en fait, je viens de réaliser que je l'ai... Mais il m'a fallu du temps ! Étrangement ce n'est qu'à l'évolution que j'ai compris. Sa dualité jeunesse/vieillesse m'évoque indéniablement une douce Baby Jane, c'est une référence parfaite!

U3 : Bien... Je crois que je l'ai aussi ! Du bien être vivifiant et confortable, un sourire de satisfaction en se délassant ou un coup de fouet pour se mettre en route, tout n'est que choix. Grand écart joliment assuré et maîtrisé, c'est l'art de la simplicité en toute efficacité.

U4 : J'ai cru l'avoir, mais non, pas cette fois même si je le connais. Joli mais non, pas autant qu'un autre. Certainement parce que cette note qui décline le tableau n'est pas ma came. J'oscille entre une journée à l'école primaire et une au lit en pilou. N'aimant ni les socquettes ni les pyjamas, je passe mon tour sur sa joliesse.

U5 : Je pense être prise dans une boucle olfactive spatio-temporelle entre le 2, le 4 et ce 5... Et c'est grave car cela veut dire que je ne reconnais peut être même pas un parfums que je viens d'acheter. J'hésite entre deux (que j'ai bien sur et qui n'ont absolument pas le même prix). Je suis vexée et ne dirai donc plus rien le concernant. Et non je ne bondirai pas sur mes flacons afin d'en avoir le cœur net et faire ma crâneuse en effaçant tout ça... Enfin c'est tentant quand même...
        Surtout lorsque, à force de m'auto-seriner le nom de cette note qui m'étonne dans la compo, je finis par trouver ce que c'est ! Et bien sur ce n'est pas l'une de mes hésitations, mais un troisième parfum, que j'ai également...Très beau.

 

   
     Et maintenant où aller ? Le V me semble un bon choix avant d'être saturée. Ce qui ne risque pas d'arriver parce que je ne compte pas sentir tous les sets en une seule fois, mais il fallait bien une excuse pour terminer ma journée avec celui ci :

VIRTUOSITÉ : 

V1 : Voilà donc, nous y sommes, directement sans prévenir... Démasqué dès la première inspiration, je dirai simplement que j'hésite entre un séjour dans un lupanar de Gomorrhe et celui dans le service gastro-entérologie à l’hôpital de Hard-Sur-Yvette...

V2 : ... La catin et la médecin ont remis leurs fards sur les restes de leur métier respectif et je les en remercie. Même si la pointe gourmande me tourne un peu l'estomac aujourd'hui alors que, le connaissant, il ne me fait pas vraiment ça normalement...

V3 : Revenons aux classiques faisant fi de tout stupre : il n'y a pas à dire, c'est beau. Une superbe élégance aux traits surannés de Dandy hors du temps, le regard goguenard évitant tout effet vieillot. Exercice d'écriture parfaite, rien ne dépasse et... Rien ne se passe.

V4 : Malgré ce soupçon osé et addictif levant sous le torchon chaud et humide, il me fait définitivement poindre une nausée métallique. L'idée est si intéressante pourtant. C'est agaçant, un peu comme le maïs dans une salade, on se dit que ce serait parfait sans.

V5 : Je me pensais forte à tous les reconnaître mais là non... Ou bien le doute m'étreint et je le confonds avec V3 qui ne sent pas du tout pareil ! Non, impossible. Mais d'une autre façon : rien à dire, un beau classique sans doute.




       Ce premier pas s'est révélé très intéressant : c'est fou comme l'aveugle peut torturer le nez. Il se contorsionne, entre souvenir et savoir, émotion et raison. Tourner en bourrique et déguster le moment vont de pair dans cet exercice !
       L'horloge tourne. Je prends quand même le temps de mettre mon nez au vert après toutes ces découvertes et de savourer l'idée de bientôt déguster la prochaine fournée et je m'y remets !




Addenda :
Voici les noms des parfums qui ont été testés en aveugle

A1 : Dans mon lit, Malle
A2 : Kaolin, Iunx
A3 : Dark Galleon, Arquiste
A4 : Surreau Noir, Iunx
A5 : Marché aux épices, Diptyque.

U1 : Eau parfumée au thé noir, Bulgari
U2 : Infusion d'oeillet Prada
U3 : Eau de Cartier vetiver bleu, Cartier
U4 : Infusion d'amande, Prada
U5 : Eau parfumée au thé bleu, Bulgari

V1 : The Night, Malle
V2 : Misia, Chanel
V3 : Cologne indélébile, Malle
V4 : L'heure Perdue, Cartier
V5 : Chyprissime, Mugler