dimanche 15 décembre 2013

Les saisons d'Epona

   J'ai choisi la version de Lys Epona courant mars, toute fin d'hiver, avec son temps parfois étrange, humide, frais, mais pas toujours... Puis j'ai découvert son visage définitif, celui d'après le sortilège de l'eau, début mai, au cœur du printemps et de ses jours plus cléments, encore un peu agités par moment...
   Depuis, toutes les saisons ont parlé, même si je ne connais pas encore le froid presque polaire que peut nous réserver janvier !
   Et après l'avoir retournée en tout sens, à la hussarde même, après l'avoir disséquée, toujours avec amour, je la connais donc enfin sous tous les temps et ça c'est essentiel... C'est surtout divinement bon !!!
   En plein à priori, avant de vivre la complète révolution astrale en sa compagnie, j'ai immédiatement pensé que le meilleur des temps pour elle était une belle journée tiède, un peu venteuse, entre coup de chaud et frais. Une météo qui mettrait tous les éléments au même niveau afin que chacun parle comme il l'entend.
   Puis le calendrier s'est écoulé, j'ai appris et les belles journées ensoleillées et fraiches du moment m'ont donné envie de parler de toutes les différences d'humeur de la bête.




Du Printemps :
    Mon premier contact d'une certaine façon. Et effectivement c'est là que j'ai entendu toutes ses
 matières se répondre le plus clairement, chacune où je l'attendais.
    Au printemps Lys Epona s'est révélée combative, farouche et fière, dévoilant doucement son
labdanum sans vraiment en jouer toutefois... Ce qui a été une très belle ruse pour m'apprivoiser je
dois dire !
    L'animalité était sauvage et la sensualité d'un rêche séducteur... Apre et enjôleuse, Lys Epona a joué carte sur table sans pour autant dévoiler son jeu. Tout y était cédant goutte à goutte chaque image sans jamais tomber le masque... Vive dans les coups de froid, sensuelle dans les courants chauds...
    Le printemps finalement lui donne un air qui se moque de tout, elle vit sa vie.





De l'Eté :
     Puis les jours ont explosé sous la chaleur et j'ai eu peur. Peur de voir surgir le labdanum et l'entendre crier vanille (oui j'ai des peurs irrationnelles, mais toujours de bon gout !). Pourtant c'est une moiteur languissante qui est apparue sous la toxicité narcotique des fleurs blanches et ce fut délicieux !
     Comme macérée dans ses fantasmes Lys Epona a exhalé entre moiteur et raideur. Acreté d'écurie
mêlée de salive séchée, une explosion charnelle !
     Le labdanum est monté aussi, comme l'accessoire nécessaire à la balance entre rigidité et décomposition... Le gant de la main qui gifle.







De l'Automne :
     Lorsque le temps s'assombrit, l'image devient ombrageuse et Lys Epona glisse dans un univers plus rude, une danse avec les éléments s'opère et elle se trouve gorgée d'une nostalgie sensuelle.
     Parfois un peu jeune dans sa course, le vert sec trébuche et se mouille dans l'écurie... Plus mure elle se trouble d'un lys pourrissant sur un lit médicinal.
     Elle joue sur une fraicheur qui se laisse vaincre par la chaleur d'un labdanum fusant au milieu des
fleurs.
     Elle est la ruade qui défie le temps, un dernier galop de liberté, érotique, presque rageur, celui qui fait perdre la notion du temps.





De l'Hiver :
     Saisie par le froid Lys Epona pétille ! Ultra vivifiante elle offre son ouverture aux quatre vents et fouette le sang avec eux.
     Les fleurs sont un peu closes oui, mais elles sont bien là, comme un cachemire autour du cou, léger mais confortable... Indispensable !
     C'est raide, rêche, âpre. Et pourtant un murmure chaleureux accompagne la course éperdue. Comme si les matière cristallisées se condensaient sur un cuir encore tiède.
     Elle s'est roulée dans les herbes fraiches, a accroché quelques fleurs tardives à ses jupons et maintenant elle rit de tout ça.
  
  

  

   Aujourd'hui je ne saurais choisir sa saison... J'avoue juste que le printemps n'est pas ma préférée, c'est étrange, c'est pourtant le temps de notre rencontre...






Les photos sont celles de kimonos réalisés par Itchiku Kubota, de pures merveilles respectant la technique ancienne "Tsujigahana". Cote à cote ces kimonos forment un paysage continu. Un temps fou pour les réaliser, l'œuvre d'une vie... Sublimes.
Les informations sont éparses à ce sujet mais elles méritent la recherche...




jeudi 31 octobre 2013

Digression : L'origan, Coty

    L’Origan et moi c’est une passion destructive...



    Mais tout d'abord tranchons net : il est question d’un extrait vintage, le drugstore étant fermé près de chez moi, la version actuelle me reste inaccessible…   
   Puis évitons l’hémorragie usuelle : L’Heure Bleue de Guerlain n’existe pas en ce jour de 1905, et n’existera pas avant 1912. Oublions donc ce cher Jacques et louons ce grandiose François…



    




   Chaque fois il jaillit de son flacon tel un génie de lampe magique, un tourbillon étourdissant possédant l’art du voyage dans le temps.
   Son ouverture est juste incroyable : saturée de lumière elle dessine pourtant déjà le corps poudré, emmitouflé de fourrures fauves, dense et palpitant.
   L’espace d’un instant c’est un givre aldéhydé marié d’oranges un peu amères, à peine paré d’anis, fouetté d’une coriandre verte et corsée, qui éclate autours d’un corps épais de fleurs, d’épices… Dans un recoin, une peau animale presque cuirée, à la limite du fantasme fumé attend…
   Là s’impose un ylang épais, nimbé d’une poudre grasse où l’accord cosmétique rose/violette s’entoure d’amande, d’héliotrope grisé. Au milieu le rythme relevé d’épices joue sur la muscade et la cannelle. L’œillet bien présent se fait pourtant presque tendre, les bois patinés oscillent entre sciure et cire… Une impression de cerises confites dans les aiguilles de pin prend place, une pincée de cèdre en guise de poivre exotique l’accompagne.
    Puis l’animalité sort de l’ombre. La fourrure parsemée de neige du départ s’est réchauffée, elle exhale, poudrée, poussiéreuse d’encens, grasse d’un sébum ambré et patiné d’une gomme au fruité rouge. Sous le pelage, le corps musqué, savonné de civette un peu acre, se dévoile de plus en plus à travers des vapeurs lourdes.

   C’est magnifique.  Bien qu'un peu brusque, son équilibre est fier, éclatant, parfait dans son allure.

   …Puis nous commençons à nous regarder de travers. Lui, s’ingéniant à rendre sa vanille de plus en présente, ignorant ma sensibilité pourtant fort bien placée. Moi, anticipant son prochain esclandre chez Ambre en stock…
   J’ai beau tenter de repenser à cette gousse palpitante d’encens qu’il me présentait fièrement à nos débuts, je ne vois plus qu’un macaron vanille trop lourd pour frémir.
   Pourtant, sous ce quotidien étouffant, une tendresse de vieille maîtresse persiste. Je reconnais en lui coumarine et benjoin attractifs, mais ces atours ont forcé le trait, il n'est plus pour moi. Il a changé, une autre l’aimera ainsi mieux que moi…
   Mais masochisme d’une vieille maîtresse, il arrive toujours un jour où j’y retourne, une de ces journées où je me dis « Putain ! C’était si bon… » . Une journée où je suis prête à voir mon estomac se nouer juste pour quelques heures de plaisir dans son odeur…

  

   Le couinement des violons s’éloignant enfin, il reste un parfum somptueux, richement vêtu, à la force évocatrice rare pour moi. C’est un univers de fête folle, au cœur de l’hiver, dans une salle de bal chauffée de champagne, de rires, de vêtements précieux, de visages fardés… Une époque riche où l’on expose une insouciance feinte, masquant une nostalgie terrible.

  Tout se fissure, et alors ? Dansons…



Photo : Thomas Jorion

 







samedi 26 octobre 2013

De blog en blog



Je vais vous livrer une recette exclusive, préparée avec dérision et amour.
Pour cela il vous faut :
De la Parfumista...
De la Perfume Addict...
De la Passionnée de Parfum...
N'hésitez pas à ajouter de la Névrosée du flacon. Ca coute un peu cher mais c'est toujours du plus bel effet.
Mélangez doucement avec de l'illustratrice qui parle anglais dans sa tête, de préférence déjà un peu folle, cela n'en sera que meilleur.


Laissez reposer le temps de quelques lignes un peu ennuyeuses, et cliquez...



     

      Le fait est : j’aime parler parfum.

      Au fil de l’histoire de Lys Epona j’ai d’ailleurs parfois digressé autour de certains dont je suis amoureuse ou simplement qui m’interpellent. Et, c’était couru d’avance, j’y ai pris goût.
     Mettre en mots ce que m’évoque les parfums, les odeurs, est un moment précieux pour moi. Comme se rejouer une musique les yeux fermés, tous sens ouverts et en revivre l’émotion. Se laisser envahir par la puissance du transport, tenter d’en saisir les nuances et livrer, entre fantasme et réalité, délicieusement biaisé par le cerveau, un morceau symbolique.

     Mais la philosophie de flacon c’est aussi au quotidien qu’elle se vit, entre petites choses ravissantes et foutues bourdes incongrues. Parce que parfois la musique on la met à fond, on beugle dessus en yaourt comme un diable de Tasmanie, on casse tout voire même trois pattes à un canard… Parfois aussi on ne se souvient pas des paroles, on sifflote à peine, on s’endort.

    Bref le parfum c’est aussi tout simple et léger.

    Alors voilà, grâce à mon amie qui a su illustrer les affres du périple de Lys Epona, j'ai attrappé un autre gout : celui des petites incursions dans l'univers de tous les jours.
    Elle aussi a dû y prendre goût puisqu’aujourd’hui je suis fébrile comme une puce sous Black Afgano pour vous présenter, sorti tout droit de nos petites expériences réelles ou rêvée, ce blog à deux têtes et deux langues, tout dévoué aux aléas de la vie parfumée :

 
 
 
 

                                                                                            
 




 

vendredi 4 octobre 2013

Dans un Chapeau...



 ... Il y a des petits bouts de papier griffonnés de jolis noms. Ils attendent sagement qu'une main innocente se présente et qu'elle en tire un.
   






Mais une main innocente est bien dure à trouver autour de moi.


   




   
  
    D'emblée je dois écarter la mienne, encore humide de parfum empestant divinement civette, costus, castoréum ou même simplement la douce base Animalis.  L'innocence n'est pas son registre, elle flirte plutôt avec les vieux Tabu ces temps ci...







   Mon ami qui n'entend rien au parfum et voit des poneys partout pourrait faire l'affaire.
   Je lui demande, il soupire, s'approche, main assouplie, doigts déliés, prêt à caresser chaque recoin de papier pour atteindre l'inconnu du chapeau...
   Mais l'œil trop malicieux il demande alors : " Je dois prendre lequel ? "... " Mais ça va pas la main ! C'est du hasard, un jeu, je ne veux rien, surprends moi "
    Il soupire, s'éloigne, la main dans la poche,  le chapeau sur la tête et atteint finalement la porte... Foutre diantre, voilà qui tombe à l'eau ! Avec un cou qui embaume Bandit j'aurais dû m'en douter...





   J'ai pensé ensuite à la main de la petite fille d'une amie, mais cette mini main s'est, un jour, rendue coupable, lors d'un élan trop enthousiaste, d'un renversement partiel de Tubéreuse Criminelle... Un comble pour le côté innocent, je ne lui fais plus confiance!



   

   Ensuite, suivant la piste des petits monstres sans cou, il y a mon neveu.







   Mais au moment de lui demander, sa main est en pleine discussion avec un pot de pâte à tartiner choco/pistache/noisette/amande/pignon/géranium, bio/équitable/locavore/humaniste, sans sucre/gras/gluten/conservateur/antibio... Un pot super pro mais, qui comme les autres, colle partout, des orteils aux oreilles, et rend la main inutilisable. Il a beau bouder, Chocolate Greedy près de moi, c'est impossible.

   




   Une main amie alors. Mais choisir parmi les amis c'est ouvrir la guerre : des mains se proclameront plus innocentes les unes que les d'autres, certaines seront occupées ce jour là précis, d'autres râleront si elles ne sont pas témoins, comme lors du mariage de tante Gudrune... Une main amie doit rester celle qui permet de sentir le parfum des Heures défiler sur une autre peau, pas celle qui tripote des papiers au fond d'un chapeau noir !


   


  

   

     Et bien décidément, force est de constater que je suis en manque d'innocence et donc élégance est d'offrir à chacun une goutte de la version test qu'il a choisie... Et sans vouloir égratigner ma bonté d'âme, vous avez tous choisi une version différente, ce qui est bien plus simple et totalement possible ainsi !!!







 Envoyez moi un mail à lys.epona@gmail.com , avec votre adresse et votre numéro de fiole. Une enveloppe partira alors au plus vite vers votre boîte à lettre (peut être pas si vite, mais elle partira ! ).