mercredi 3 septembre 2014

Digression : Chaldée, Jean Patou




     1984. Depuis cette année là une jolie boite siglée Jean Patou dort au fond d’un garage, bien au frais dans le noir, douillettement calée dans la poussière. Si tranquille qu’elle n’est jamais venue se rappeler à mon bon souvenir en plus de 20 ans. Et franchement les 12 miniatures d’origine qu’elle renferme n’ont plus eu aucun intérêt à mes yeux depuis belle lurette. J'ai oublié.


    
   

     2009. La boîte refait surface. Les miniatures m’indiffèrent toujours autant, mais leur précieux liquide, lui, fait immédiatement friser mon œil. Tous sont de sombres inconnus et donc je me jette dessus avec avidité… Malgré la vilaine tête de certains, le corps est toujours vaillant et le plaisir bien au rendez vous. Je tombe amoureuse : exit les mignonnettes, je veux de vrais gros flacons.


 

 
    Mon premier coup de cœur fut Adieu Sagesse et avec lui commença ma quête des edt 75ml éditées en 1984. Des extraits aussi. Puis carrément des purs vintages. Je sautai ainsi sur plusieurs flacons et à ses cotés vinrent s'ajouter : Divine folie, Moment Suprême, Câline, Cocktail (qui est une création spéciale pour la collection, fruit d'une orgie entre Cocktail Sweet, Cocktail Bitter Sweet et Cocktail Dry, dont je rêve toujours d'ailleurs.)... Mais surtout Chaldée . Il est celui  qui m'a bouleversée. Qui chaque fois fait danser une petite boule bien agréable dans mon ventre. Même une vieille huile solaire fait mon bonheur ! Ce liquide rouge et visqueux, sans aucun indice de protection, je vous en débarrasse volontiers, ma peau blanche et allergique se fiche pas mal des conséquences parfois...
    Oui Chaldée est bien celui dont je suis tombée amoureuse, il possède cette chose familière, comme une évidence : une peau à l'autre bout du monde que l'on reconnait entre toutes.  




      2013. Patou décide de rééditer certaines merveilles de son patrimoine. Joie, jubilation : Chaldée est à
nouveau en production. Temporisation, réflexion : en notre sombre époque de soumission à l'ifra que va-t-il sortir du flacon ?  Créé en 1927 par Henri Alméras, il y a peu de chance que le lifting ne soit au rendez vous, et de toute façon un peu de botox devait bien déjà avoir coulé dans son flacon en 84... Peu importe, je fonce... Et je déchante un brin.
   J'ai alors mis du temps pour lui pardonner et pouvoir en parler tendrement, ou plutôt en parler simplement et honnêtement.
   Voici donc venue l'heure du petit duel au soleil qui agite mon nez, entre "Ma collection" et "Héritage"...








        Ma collection 1984 : Chaldée, edt 75ml.

                
    C'est ainsi que Chaldée est présenté dans la boite de miniature : à l'intérieur du couvercle chaque fragrance a droit à quelques mots en guise d'amuse-nez avant le grand plongeon. Autant dire que plusieurs de ces mots ne sonnent guère doux à mes oreilles : Soleil ? J'y suis allergique... Fleurs d'oranger ? L'ennui me guette... Ambré ? Tuez moi avant la vanille... Et pourtant il m'est devenu indispensable...
   
   
     L'ouverture de Chaldée est un rideau que l'on tire et qui laisse entrer un soleil caressant à travers une vitre encore fraîche. L'effet vert mais tendre d'une jacinthe encore endormie mêlée à la rondeur un peu grasse d'une fleur d'oranger huileuse et solaire. La fenêtre entrouverte laisse un instant tourbillonner fraîcheur renfermée et chaleur moite, rien de tiède, juste un suspens sur qui l'emportera... C'est fugace. Déjà le jasmin offre un coussin charnel et la chaleur gagne doucement. Mais la jacinthe ne lâche rien, elle se réveille même, sa verdeur se fait plus raide, sa fleur découvre un aspect narcotique, entre miel acre et rose fusante. C'est dense, ça monte.

    L'ampleur se dévoile. Les fleurs sont toxiques, à la limite du plastique. La jacinthe se fond avec un lilas d'abord un peu jeune et qui au fil de l'évolution mûrit... C'est leurs vies qui s'écoulent. Le narcisse s'invite sur un lit de terre végétale, sablonneuse et blanche, du foin éparpillé ici et là. Une animalité se révèle, lascive et indolente prédatrice. C'est la peau au poudré étonnant qui chauffe au soleil. Oui il y a bien un aspect cosmétique dans Chaldée. Non pas rose/iris typique, mais une sorte de fleur blanche, à peine amandée et poussiéreuse, qui se salit de fausses violettes et de mimosa. Mais sous ce poudré palpite un flux plus organique. Diffus, rien d'ostensible, un appel par le miel. Simplement un ventre qui palpite, la gorge prête à gémir... Puis cette chaleur sombre qui bat et augmente...

    L'ambre, totalement contrôlé, semble flirté du coté d'un benjoin transparent... Une sorte de boisé épuré accompagne le mouvement, un fantôme indispensable et pourtant irréel. J'aurais même envie d'entrevoir une esquisse de fumé... Et puis ce fruit étrange, ce fruité plus exactement, qui trempe dans une orange douce, accroche une miette d'abricot et se roule dans la cannelle et l’œillet... Pourtant il est aussi vert et baumé, résineux, il appelle l'opoponax. Un velouté s'incruste dans la peau. Une idée de cuir huilé qui doucement devient plus raide sans pour autant montrer un visage franc. Tout doucement un reste de vanille se dépose, juste une poudre, à peine remarque-t-on l'amande qui l'accompagne. Et toujours cette trace, un peu acre et doucereuse à la fois, cette odeur de gorge sublime de plaisir... Qui rivalise tout de même avec un léger effet, non pas réellement cul du chat, mais pour le moins, son pelage. La peau, la salive, le chat.

    Chaldée s'éteint dans la même ambiance que celle où il naît : la chaleur tamisée côtoyant encore une fraîcheur diffuse. Cet effet évite tout écueil de cliché grossier sur les vacances, la plage, le soleil et toute la caravane. Rien de ce que l'on nous servirait aujourd'hui avec un tel brief ne sort de lui. Alors oui la peau chauffe au soleil, le sable roule sous les doigts, le sel s'accroche et donne cette irrésistible envie de lécher le corps... Mais Chaldée est au delà, d'une autre époque, plus sensuelle et féminine, plus assurée et moins démonstratrice...
 
    Tout comme la présentation sur le couvercle, je ne suis pas certaine d'être en accord avec les mots que Patou nous donnait finalement :

Extrait du livret accompagnant la boite des miniatures
   


     Aucune importance évidemment. Et pour moi Chaldée restera l'odeur d'un corps qui s'étire. Nu, en plein soleil et face au vent. Puis ce corps déroule sa journée entre sensualité et sourire, il se salit, se grise... Il vit.
 





    Collection Héritage, 2013 : Chaldée edt



    Aujourd'hui Chaldée est présenté sur le site officiel de Patou de façon bien moins... Disons beaucoup plus sobre, élégante et chic, le bon gout normatif à l'état pur. Bref, "c'est classe" et le site français nous donne donc en anglais ces quelques mots :

     ..."An oriental, floral, spicy powedery fragrance made up of amber and flowers, spice and opopanax. This daring combination was intensified by the heat of the sun and Chaldée was born. Today's Chaldée is a frangrance which evokes the opulence of La Belle Epoque and a time of freedom and change."...

   Nous retrouvons bien l'ambre, les fleurs et les épices... Retrouverons nous Chaldée ?

 

    Le départ est un peu déroutant : vif et bien plus citron/bergamote. Mon nez est envahi par un cif agressif en réalité. Et puis ce vert ultra fluo... Muguet !!! Voici donc ma jacinthe transformée en ersatz de muguet, feuilles vertes écrasées, notes aiguës stridentes. C'est loin de ce que je connais. Est ce que je mets cela sur le compte de mon vintage qui serait quelque peu étêté ? J'en doute, mais je passe outre grâce au bénéfice du doute. Ici tout est plus acide, même la fleur d'oranger se fait moins opulente et grasse, elle est légère, pas encore bébé mais la limite est proche... Il me faut du temps. Pour aérer mon nez, pour reprendre mes esprits, pour arrêter de pester. Mais je commence à reconnaître mon aimé, ça avance...

    Le parfum posé il semble tout de même drôlement déguisé : des élément tronqués, d'autres poussés, c'est un peu la foire. Le poudré discret, et surtout parfaitement fondu dans la construction de l'ancien, fait la place belle à une sorte d'Ombre Rose imposante, la verdeur en plus.  Et toujours ce truc piquant, comme une sorte de rose à la citronnelle, de géranium bridé au jasmin...Ha oui le jasmin ! Le voici et il porte enfin Chaldée vers ses racines même si tout reste vert et acidulé. C'est joli mais ce n'est pas Chaldée... Du tout...

     Il se réchauffe doucement (lentement) et, je ne sais comment avec de telles conditions, il y a bien cet effet salive qui tente de percer, collant les grains de sable contre une peau tiède. Ou plutôt grillée la peau, comme une amande à peine torréfiée. Et deuxième catastrophe : vive le macaron... L'édition 2013  a bien compris l'engouement de la ménagère pour ces petits gâteaux du plus bel effet pour sans doute bien des occasions, et en a fichu dans le flacon... C'est très mauvais pour le bikini pourtant. En toute honnêteté on est loin du gourmand mais c'est tellement incongru de voir l'amande se développer de la sorte... Oui encore une fois c'est joli, mais ce n'est pas l'idée.

    Plus l'évolution avance plus le vieux Chaldée reprend corps... Toutefois il est fort contrarié de ne pouvoir exploser à loisir, engoncé qu'il est dans des robes à fleurs virevoltantes. Il reste tapi. Rien ne se déploie réellement. Ses épices sont un mélange éventé, bien léger. En fait il est simplement rajeuni je crois. Plus joyeux, c'est devenu une jeune fille à bicyclette, cheveux au vent avant d'aller à la plage. Je n'y ressens aucune animalité ni sensualité.

    Mais une jolie chose arrive : l'aspect aigrelet vert fait place à une acidité toute féminine, une peau moite et propre doucement chauffée par un ambre tamisé, les amandes torréfiées toujours présentes. C'est encore un peu vert (foutu muguet) mais ce n'est plus agressif, juste un peu vif. Ce fond est très joli et le souvenir de Chaldée prend enfin forme, même s'il est un peu délavé, s'il a perdu du corps, il est bien doux de le retrouver. J'approche même enfin de la salive qui semblait ne pas oser. Distillée comme une note cachée, se jouant du nez et des conventions, elle est bien là, accrochée malgré cette modernité hygiéniste. Dans le fond c'est un peu Chaldée...

    Finalement je pensais avoir plus de tendresse pour lui. Pris seul il passe plutot bien et me semble assez aimable. Mais il ne soutient aucunement la comparaison. 1984 était sensuel, animal, confortable. 2013 est criard, propre, pointu. Il n'est pas à bouder, loin de là, mais il a tant d'accro à sa formule que cela a changé sa destination. Et puis ce muguet sur ma peau... Il n'y en a pas ? Alors c'est pire...




...Le prochain trio de la collection Héritage annonce Adieu Sagesse... J'appréhende et je suis folle de joie. Suite au prochain épisode donc...





dimanche 17 août 2014

Digression : Tabu, Dana

Chanson d'automne, Erté.
 

      Un parfum qui a traversé nos vies et resurgit, par hasard sur un inconnu ou volontairement sur notre peau, devient un véritable juke-box à souvenirs, tout le film et les émotions reviennent, intacts, palpables... Rien de nouveau finalement, cette évidence nous la connaissons tous. Mais un jour j'ai été prise au dépourvu :

      Un Parfum qui n'avait jamais traversé ma vie a réussi à me plonger au cœur d'une explosion de souvenirs, d'une époque un peu folle. Je ne l'avais jamais senti avant et pourtant, les lieux, les gens, les musiques, les couleurs, les goûts, les corps, tout était là. Les sentiments, les émotions, les humeurs de ces jours se sont alors nichés au creux de mon ventre avec une tendresse assez hallucinée pour le nouer délicatement... Un effet schizo doux, de l'autre coté du miroir sans pour autant le traverser, un tour de magie aux saveurs de poudre sans silicone.
     Ma première réaction ? Un vague scepticisme mêlé d'un vaste sourire. J'ai cherché une personne à qui pouvoir raccrocher cette impression. A qui cela pouvait-il me faire penser ? Je peux citer le parfum d'une dizaine de proches de cette période là et recomposer leur odeur... Justement personne. Et de toute façon ce parfum, Tabu, ne sent pas une personne. Ni même le fameux " ça me fait penser à Truflon sur Borgne, à cause du miel de la vieille ruche du vieux Lodia qui patatitata... " . Ce n'est pas non plus l'odeur " des pies de Granny " ni " le truc qu'on met dans le machin " . Non, Tabu n'est ni une personne ni une évocation. Il est tout simplement l'odeur d'un bout de ma vie. Tout comme l'on peut dire j'avais les cheveux bleus à cette époque, j'avais quinze ans, les royales étaient parfumées à l'anis ou à la pêche et l'abonnement internet se prenait au forfait 5h/mois, je peux dire que ma vie sentait Tabu de Dana... Et c'est terriblement étrange. Comme si le chemin du souvenir olfactif se faisait à l'envers, un calque parfait qui n'a jamais connu l'original, de quoi me prendre les pieds dans la théorie des cordes et tomber dans un trou de ver...

     Entre mon bout de vie et la légende de Tabu, de troubles conclusions pourraient poindre : le parfum interdit, défendu, celui qu'une putain voudrait porter. Voilà l'atmosphère voulue pour ce parfum créé en 1932 par Jean Carles, qui sait fort bien jouer de cette image puisque qu'en 1937 suivra Shocking, pour Schiaparelli.
     J'ai différentes formules et concentrations vintages (facilement trouvables), et aussi une plus ou moins actuelle. Bien que cette dernière version ne soit pas à bouder (je devrais peut être vérifier en fait...), je parle ici d'une cologne du début des années 60' car c’est elle ma machine à remonter le temps :

      Le voyage commence au milieu d'une macération d'épices assez épaisse : cannelle, muscade et clou en majesté. Plutôt compacte, cette décoction sur lit de patchouli pourrait se prendre pour une mélasse lourde si elle n'était éclairée d'une douce orange zestée de bergamote. Ce départ me fait toujours un peu peur : durant quelques minutes, un fantôme de soda réduit, collant et sucré apparaît, un fruit compoté entre framboise et prune jouant les bonbons à la gomme au fond du verre... C'est tellement éloigné de mes codes, de mes goûts... Je me demande toujours comment avec un tel départ je peux le relier à des souvenirs. Mais pourtant la suite n'en démord pas, ça se confirme, il sent une bulle de mon passé. De la salle de bain où l'on se farde jusqu'à la soirée au fond d'une cave, pour finir dans le premier rade ouvert à 6h30 et avaler le premier café du jour avant d'aller dormir (ou d'aller en cours de philo)...
    Très vite la mare limite poisseuse (c'est exagéré oui) s'évapore. De son empreinte émanent des volutes sèches, presque arides et piquantes. Le sucré chimique devient sucre non raffiné, la cannelle s'apaise et laisse plus de place à un clou de girofle patiné, comme infusé dans un baume au miel. 
    L'intérieur du paquet de cigarettes blondes, la pochette d'encens acheté aux puces, les cheveux imprégnés d'huile au jasmin, le visage trop poudré, les fesses posées sur un vieux meuble en bois ciré. Le coeur de Tabu. Un peu fusant, un peu baumé, assez animal.
     La fumée du benjoin rend l'atmosphère trouble, la chaleur de l'ambre pulse doucement. Les vêtements s'imprègnent de clopes, la musique résonne et les corps dansent entre sueur et salive partagées, musc et civette. Une banquette en moleskine rouge déchirée offrent un peu de repos. C'est peut être sulfureux mais tout le monde s'en fiche. Un gout de transgression ? Non, juste profiter de la nuit et de la liberté qu'elle recèle.
      Tabu s'éteint lentement et conserve tout du long ce voile de benjoin, tabac et ambre, sur trame de patchouli. Il s'est couvert de traces de salive et de gouttelettes de vin de rose, il colle encore parfois légèrement de miel, mais enfin  la nuit s'achève doucement, heureuse et repue, un peu assommée aussi.

     Par moment je me dis que Tabu aurait pu n'être qu'un simple verre de Root Beer propret (une vieille trace de savon fendillé fait partie du tableau)... Je n'y vois jamais de signe hautement cul, point de culbute à l'horizon, pas de " parfum de puta ". Sans doute l'accord vanillé m’empêche-t-il d'accéder à cette révélation (qui dit vanille dit anti sexe pour moi). Mais il a ce twist sombre et provocant, cette façon de dire " me voilà, je fais ce que je veux, j'en fais trop mais il n'est pas de plaisir superflu " .


    
Vieux flyer, vieille soirée, Cave Lachapelais d'avant le Bal des vampires... Une page de vie gothique.


     





samedi 26 juillet 2014

Digression : Velvet Gardenia, Tom Ford







   

        Si, une fois de plus, je dois avouer une chose, c'est que Velvet Gardenia est celui qui m'a permis d'apprivoiser réellement les fleurs blanches. Pourtant son entrée n'a rien de doux en la matière : Il ne joue pas un long strip tease, il n'essaie pas de faire passer la Valda avec tendresse ni de vous faire venir à lui patiemment. Il n'est pas de ceux qui prennent l'air aimable ou qui se cachent sous des fards pour vous accrocher.
        Malgré tout c'est bien lui qui a éveillé mon nez aux fleurs blanches. Au Gardénia. Il est venu éclipser toutes mes idées de tubéreuse graissante, de jasmin facile, de lys approximatif... Ces fleurs dont la lisibilité frôle souvent le simple cliché dans mon imaginaire (n'évoquons même pas la blanche fleur d'oranger qui, après tout, n'est que pâtisserie à base de bébé mou).
     
        Et c'est sur ce monde là que la porte s'est ouverte :
   

                               L'atmosphère est lourde, pesante, terriblement moite et... Si souriante pourtant :

 
...Explosion blanche en nuage atomique : le champignon, poli et luisant, est le tout premier compagnon de cette dame blanche, admettant à ses cotés le pétillant d'une orange douce gorgée de soleil. Cette bouchée de fraîcheur terreuse, c'est la crinoline un peu rouillée qui maintient la robe lourde et laisse passer le grand air...

... Un grand air saturé et narcotique. Une bouffée de gazole ultra féminine et transpirante, un road trip fantôme. Une quetsche mate pour s'amuser la gueule, le gardénia a beau prendre des accents de gorge miellée, se déployer, jouer avec rose et jasmin, voire se costumer en tubéreuse, il reste bien là,  prêt à s'embraser, pétales blancs maculés d'essence.

... Pétales blancs et gras d'une cire animale un peu sale. De celle qui colle à la peau et accroche les derniers vestiges solaires de la fleur toxique. Une cire en écho au souffle de la vieille station essence maintenant abandonnée. Un vieux piano joue seul, il parle des fesses qui lui sont passées dessus. Un souvenir à peine fumé, entre labdanum et encens, s'immisce doucement, rappel que la nuit tombe.




   
       Velvet Gardenia est une apparition. Tonitruante et fantomatique à la fois. Elle charrie toute la chaleur et la langueur d'un vieux sud dépassé, déambulant entre maison à colonnes et cabane au bord du bayou, dansant d'une salle de bal à un bar à néons rouges. Si la robe blanche qui virevolte fut à crinoline, si la femme fut une dame, leur chemin en a explosé les codes, les propulsant dans un air trouble et lourd, entre mélancolie et piano mécanique déglingué, jupon froissé et culotte arrachée,  foule assommante et paysage désertique.
 
   
     

                C'est la prouesse de Velvet Gardenia : une cohabitation sulfureuse et anachronique entre deux mondes. Faste et trash, élégance immaculée et libido exacerbée. Le glissement du soleil brûlant vers l'ombre veloutée, un arrière gout de décadence lasse... Ou peut être juste un avant gout... S'il est d'aujourd'hui, des fantômes tournent autour, un brin vulgaires mais si somptueux.


Ellen Von Unwerth,  Solve Sundsbo, Helmut Newton. 

 




mardi 8 juillet 2014

Voyage en Croatie

     Comment faire frémir, rougir et bondir de plaisir Lys Epona, tout cela en même temps ? En lui faisant prendre la pose au milieu d'autres divins effluves...
     Parfum et flacon intimement liés, un air de vintage et un joli tour pour Lys Epona au fil de ce bel article paru dans le Elle Croatie de Juin 2014  : 








...C'est beau, j'aime, merci !