samedi 26 octobre 2013

De blog en blog



Je vais vous livrer une recette exclusive, préparée avec dérision et amour.
Pour cela il vous faut :
De la Parfumista...
De la Perfume Addict...
De la Passionnée de Parfum...
N'hésitez pas à ajouter de la Névrosée du flacon. Ca coute un peu cher mais c'est toujours du plus bel effet.
Mélangez doucement avec de l'illustratrice qui parle anglais dans sa tête, de préférence déjà un peu folle, cela n'en sera que meilleur.


Laissez reposer le temps de quelques lignes un peu ennuyeuses, et cliquez...



     

      Le fait est : j’aime parler parfum.

      Au fil de l’histoire de Lys Epona j’ai d’ailleurs parfois digressé autour de certains dont je suis amoureuse ou simplement qui m’interpellent. Et, c’était couru d’avance, j’y ai pris goût.
     Mettre en mots ce que m’évoque les parfums, les odeurs, est un moment précieux pour moi. Comme se rejouer une musique les yeux fermés, tous sens ouverts et en revivre l’émotion. Se laisser envahir par la puissance du transport, tenter d’en saisir les nuances et livrer, entre fantasme et réalité, délicieusement biaisé par le cerveau, un morceau symbolique.

     Mais la philosophie de flacon c’est aussi au quotidien qu’elle se vit, entre petites choses ravissantes et foutues bourdes incongrues. Parce que parfois la musique on la met à fond, on beugle dessus en yaourt comme un diable de Tasmanie, on casse tout voire même trois pattes à un canard… Parfois aussi on ne se souvient pas des paroles, on sifflote à peine, on s’endort.

    Bref le parfum c’est aussi tout simple et léger.

    Alors voilà, grâce à mon amie qui a su illustrer les affres du périple de Lys Epona, j'ai attrappé un autre gout : celui des petites incursions dans l'univers de tous les jours.
    Elle aussi a dû y prendre goût puisqu’aujourd’hui je suis fébrile comme une puce sous Black Afgano pour vous présenter, sorti tout droit de nos petites expériences réelles ou rêvée, ce blog à deux têtes et deux langues, tout dévoué aux aléas de la vie parfumée :

 
 
 
 

                                                                                            
 




 

vendredi 4 octobre 2013

Dans un Chapeau...



 ... Il y a des petits bouts de papier griffonnés de jolis noms. Ils attendent sagement qu'une main innocente se présente et qu'elle en tire un.
   






Mais une main innocente est bien dure à trouver autour de moi.


   




   
  
    D'emblée je dois écarter la mienne, encore humide de parfum empestant divinement civette, costus, castoréum ou même simplement la douce base Animalis.  L'innocence n'est pas son registre, elle flirte plutôt avec les vieux Tabu ces temps ci...







   Mon ami qui n'entend rien au parfum et voit des poneys partout pourrait faire l'affaire.
   Je lui demande, il soupire, s'approche, main assouplie, doigts déliés, prêt à caresser chaque recoin de papier pour atteindre l'inconnu du chapeau...
   Mais l'œil trop malicieux il demande alors : " Je dois prendre lequel ? "... " Mais ça va pas la main ! C'est du hasard, un jeu, je ne veux rien, surprends moi "
    Il soupire, s'éloigne, la main dans la poche,  le chapeau sur la tête et atteint finalement la porte... Foutre diantre, voilà qui tombe à l'eau ! Avec un cou qui embaume Bandit j'aurais dû m'en douter...





   J'ai pensé ensuite à la main de la petite fille d'une amie, mais cette mini main s'est, un jour, rendue coupable, lors d'un élan trop enthousiaste, d'un renversement partiel de Tubéreuse Criminelle... Un comble pour le côté innocent, je ne lui fais plus confiance!



   

   Ensuite, suivant la piste des petits monstres sans cou, il y a mon neveu.







   Mais au moment de lui demander, sa main est en pleine discussion avec un pot de pâte à tartiner choco/pistache/noisette/amande/pignon/géranium, bio/équitable/locavore/humaniste, sans sucre/gras/gluten/conservateur/antibio... Un pot super pro mais, qui comme les autres, colle partout, des orteils aux oreilles, et rend la main inutilisable. Il a beau bouder, Chocolate Greedy près de moi, c'est impossible.

   




   Une main amie alors. Mais choisir parmi les amis c'est ouvrir la guerre : des mains se proclameront plus innocentes les unes que les d'autres, certaines seront occupées ce jour là précis, d'autres râleront si elles ne sont pas témoins, comme lors du mariage de tante Gudrune... Une main amie doit rester celle qui permet de sentir le parfum des Heures défiler sur une autre peau, pas celle qui tripote des papiers au fond d'un chapeau noir !


   


  

   

     Et bien décidément, force est de constater que je suis en manque d'innocence et donc élégance est d'offrir à chacun une goutte de la version test qu'il a choisie... Et sans vouloir égratigner ma bonté d'âme, vous avez tous choisi une version différente, ce qui est bien plus simple et totalement possible ainsi !!!







 Envoyez moi un mail à lys.epona@gmail.com , avec votre adresse et votre numéro de fiole. Une enveloppe partira alors au plus vite vers votre boîte à lettre (peut être pas si vite, mais elle partira ! ).
  

dimanche 22 septembre 2013

Digression : Acaciosa, Caron

La belle dame sans pitié (détail), Cowper 1926. Inspirée par le poème de Keats.

    ...Souvenir d'une journée d'août...
    Toujours ce temps qui me pousse vers des parfums qui n'ont pourtant rien de rafraîchissant, ce temps chaud qui révèle une opulence somptueuse lorsque l'on ose et que la main sait se faire légère.
    Hésitant régulièrement entre Chaldée, qui reviendra sur scène bientôt, et Acaciosa, qui a fait ses adieux il y a peu, qui, après vérification auprès de Caron suite au commentaire de Yohan (merci!), est simplement retiré de la distribution fontaine pour n'être proposé qu'à la demande sous forme d'un vapo remplissable (tant "que la production sera possible" selon mon interlocutrice),  je plonge ce soir dans le Caron... L'avidité décuplée par la (semi!) perte de ce trésor et le plaisir vainqueur face à un flacon plein de jus désirable.

    Son ouverture étincelle, un éclat de rire brillant, entre rondeur sensuelle et verdeur acidulée, une brassée de fleurs épanouies, lumineuse.
    Dès le départ Caron est là : rose, jasmin et fleur d'oranger en fer de lance miellé. Une rose presque baumée, un jasmin mûr sans âcreté, une fleur d'oranger sans rien de poupin ou alimentaire malgré une amande qui pointe (ce qui est rare pour mon esprit et mon nez !). Un accord solaire et plein, riche et dense.
    Au milieu la surprise est évidente et vous regarde comme une allumeuse : c'est une sorte de liqueur exotique qui coule au fond de la gorge, le sucre d'un fruit ultra mur qui conserve une pointe d'acidité, juste de quoi pétiller un peu et éviter le collant du nectar... Cette fameuse note ananas (que l'on retrouvera avec Colony de Patou quelques années plus tard) qui pourrait sembler un peu incongrue, ou en partance pour de lointaines destinations, est en fait superbement menée : c'est un rythme dans la fragrance, elle ne prend pas le pas dans la construction, elle ne donne pas de direction péremptoire... Juste une lumière.
    Et puis, si à tout hasard le vent voulait tourner vers la gourmandise d'une amande héliotropée bien présente, il y a une note verte, à la limite de l'aigre d'une herbe écrasée, qui corsète doucement l'ensemble l'empêchant de se vautrer dans les filets tendus de l'ambre.
    Mais avant que celui ci n'arrive, même si très tôt son ombre danse, il y a quelque chose qui me déroute : du mimosa ! Oui pour moi Acaciosa exprime le mimosa chaud, à point et saturé, loin du poudré duveteux gentil généralement exprimé. Du mimosa baigné dans un duo de miel acacia tilleul, soutenu par une fleur d'oranger un peu toxique, comme presque seul Caron a su faire. C'est un mimosa abstrait, reconstruit et imaginé dans une autre dimension, mais c'est un mimosa superbe, rayonnant, joyeux et sensuel. Pas de mimosa annoncé dans la pyramide, mais qui s'en soucie ? Un mimosa imaginaire, après tout qu'importe...

    -Je sais que le mimosa de Caron est Fanésiana... Celui ci est surtout un indigeste gâteau saturé de sucre, d'amande, de dragées, d'héliotrope. Un mimosa qui se goinfre un peu trop de petits fours au buffet et qui disparaît sous lui en moins de deux, une duchesse trop dodue qui glousse sous ses fards... Je brise là la digression dans la digression ! -

   L'évolution donne une jolie place au jasmin qui au départ était un peu trop proche de l'ylang. Là il joue sur un tableau plus élégant et sobre, il s'assombrit de mystère avec l'affirmation d'un ambre doux et un peu rêche, boisé. Grâce à ces deux aspects l'écueil d'une fin gourmande est évité : ce n'est pas un lit vanillé aux fruits collants mais la chaleur que la terre restitue au soleil couchant, la journée fut mimosa et orgie de miel, la nuit devient santal et ambre. La peau encore tiède, patinée garde des traces.

   Acaciosa, créé en 1929 par Ernest Daltroff est souvent rapproché de Joy de Patou, son cadet plus connu. Un généreux bouquet floral les unit certes, mais ce n'est pas assez je trouve. Si Acaciosa devait avoir une famille il resterait chez Caron et serait le fruit d'un Narcisse Noir rencontrant un Pois de Senteur... Et si vraiment Patou le tente et bien, sans doute mes envies du moment jouent elles, mais je le verrais bien plus au bras de Chaldée justement !










                              
 

dimanche 15 septembre 2013

Deux gouttes en arrière

    Depuis un mois Lys Epona poursuit sa route, s'accrochant à d'autres nez, de peau en peau, de maison en maison, elle voyage.
    J'ai raconté son histoire ici, tranche par tranche, depuis l'odeur croisée à celle rêvée, pour enfin aboutir à ce parfum  bel et bien réel.
    Et maintenant que "tout est fait" je me sens presque privée d'histoires à dévoiler, de fils à dérouler, de trucs à dire !!! (enfin je peux toujours essayer de vous parler vente, et vous raconter ma façon d'être telle une poule face à un couteau...)





Illustration : Elodie Lahaye

     Pourtant ce que je vis à présent est terriblement fort, j'aurais plein de choses à dire... C'est une valse continue entre apaisement épanouissant et avidité excitante. Épanouie devant le flacon plein du jus que j'ai voulu et excitée devant les réactions qu'il produit.
    Pendant sa création je n'ai pensé qu'à mes émotions, un égoïsme pur et délectable. Pas un instant l'idée qu'il puisse en susciter chez d'autres ne m'a effleurée, j'étais dans la simple curiosité de futurs "J'aime/J'aime pas". Un peu comme lorsque la parfaite ménagère qui est en moi prépare une tarte et espère simplement régaler tout le monde en disant fièrement "c'est moi qui l'ai fait" !

    Alors, même si je sais le pouvoir  évocateur des parfums, celui de mes adorés qui me font vibrer jusqu'à l'os, qui me prennent aux tripes et les tordent de plaisir, qui sont une explosion de joie, un orage de nostalgie, une bulle de bonheur... Sans oublier les abhorrés qui soulèvent l'estomac et donnent envie de se ronger la patte pour échapper au piège fétide dont la tenue est en général proportionnelle au dégoût inspiré ! Oui, je sais les transports... Seulement cela ne m'a pas effleuré.
     Puis il y a eu des mots, vos mots, comme une vague inattendue, et j'ai réalisé que Lys Epona n'était plus Mon parfum mais Un parfum, vrai, à part entière, vivant, se donnant à qui l'aimait, comme il le voulait. Et ça c'est absolument magique ! Lire ce que d'autres sentent, ressentent, les images qu'il suscite, tout ce qu'il peut charrier... Une prise de distance fascinée s'opère, je vois l'histoire de Lys Epona commencer réellement maintenant.
    Mille merci à vous qui avez pris un instant pour écrire vos émotions, ici ou sur les forums, ce partage est fabuleux, il m'est précieux.


    Et depuis quelques temps une idée me trotte en tête... Sentir enfin un parfum après avoir suivi tout son processus créatif est une chose. Mais en tant que passionnée je crois que je serais du coup très curieuse de sentir ce qu'ont pu être ses versions décrites et non retenues, j'aimerais avoir une odeur à me mettre sous le nez pour illustrer les mots et surtout entrevoir un bout du fil de la construction. Et je me dis que je ne suis peut etre pas la seule qui aurait cette curiosité...

   Alors voilà la proposition : maintenant que vous avez sniffé la bête, ça vous plairait d'avoir deux gouttes d'une version antérieure ? Il y a 11 numéros, à vous de voir celui qui vous interpelle. Des descriptions pour se remémorer les choses ici, , ailleurs , dans ce coin aussi.
   J'ai très peu de jus des différentes versions, ce qui me pousse à lancer la grande tombola annuelle de Saint Patin en Mourçon afin de lâchement ne pas avoir à choisir  qui aura l'échantillon (le blog à des milliers d'adorateurs, comprenez moi ! ). Un petit mot sur le parfum ("c'est beau", "c'est moche" "chaussette", tout me va!), le numéro de la version que vous aimeriez découvrir et puis hop ! A l'ancienne : une main innocente, les yeux fermés et un tirage au sort dans un chapeau ! Celles/ceux qui sont déjà passés, juste un numéro et je comprendrai facilement normalement !



Illustration : Elodie Lahaye



 ... Voilà, je vous disais bien que j'avais l'air d'une poule (sous ecstasy) devant un couteau (un chapeau) en ce qui concerne les relations publiques !!!