mardi 6 mai 2014

Digression : Bois Lumière, Anatole Lebreton


    
    
     Au milieu de certaines marques de niche capables de nous pondre des dizaines de jus par an, à grand renfort de concepts façon publicité luxe pour Whiskas, où les vessies se prennent pour des lanternes et où, accessoirement, on nous prend pour des vaches à lait mono neuronées... Au milieu donc, émergent parfois avec bonheur des oasis lumineuses, des endroits où le parfum est une substance faite de passion et de créativité, où le parfumeur touille ce qu'il aime au delà du cahier des charges d'une fashion so hype, des endroits faits pour la pure luxure du nez.

      
     Bois Lumière, d'Anatole Lebreton vient de là. Et après une première rencontre furtive avec un échantillon et des mois d'attente dans le souvenir d'une main divinement parfumée, me voici enfin en possession d'un flacon.
      Mais après tout ce temps passé, j'ai un peu peur d'avoir enjolivé l'histoire, de voir un grand coup de foudre se transformer en petit coup de cœur puis finalement en amitié des plus convenable.
      Alors Bois Lumière : que me racontes tu ?  Où me transportes tu ?


     
     ... Une ouverture radieuse de miel doré, flirtant avec une goutte de vieille liqueur, patinée d'une cire sombre. Escorté d'un cortège aux accents camphrés, sur un accord jasmin/tubéreuse proche d'un fruit, c'est une entrée tumultueuse. Un délice de gourmandise organique, loin de toute forme sucraillonne ou alimentaire. C'est rude et épais, ça vient de la gorge. En fait non, pas épais : il y a cette fraîcheur comme un courant d'air qui évite tout aspect collant, un romarin infusé ? De l'anis ? Ou bien finalement, alors que je voyais un miel de châtaignier, voire de sapin, peut être est ce celui de lavande qui coule, parsemé de muscade douce... Déjà l'immortelle pousse.

      Arrive alors un cordon boisé de cèdre qui explose en poussière sous la puissance de cette immortelle. Entre sécheresse et lourde densité. Superbe, rien de curry.
     C'est une peau sur laquelle le soleil a cogné, la moiteur de la transpiration et de la salive séchée au vent. Un arrière nez de zan joue sur l'aspect sombre et cuit. Mais toujours cette "fraîcheur" qui se faufile. C'est surprenant. Comme des sortes de flash back de toute une journée, des persistances olfactives venues d'ailleurs, entre ombre et lumière.

     Je navigue alors près d'un chocolat noir fondu trop vite, un peu cramé au fond de la casserole, parsemé de grains de framboise, et l'impression d'une trame cassie javellisée. Je suis au cœur d'une forêt transpercée de lumière, gorgée de sève et d'aiguilles de sapin, l'air, balsamique, n'est que tiède mais la terre irradie la chaleur accumulée. Est ce que ce sont des fruits qui éclatent sous mes pas ? Qui sait... Au fil du chemin et des rosiers sauvages, j'arrive près des côtes, fouettées par les vents et les embruns, les rochers sont brûlants et salés, j'ai envie de me fondre dessus. Une traversée végétale et minérale.

     Puis organique encore... L'évidence de la cire si précieuse et omniprésente. Lorsque le parfum se tamise, se dépose, c'est une expression du corps qui surgit.  Mais là c'est la peau qui exhale, qui s'offre : une odeur de noix et d'iris, l'odeur d'une aine amoureuse, sébum et poil accueillants compris (oui, celles que j'ai croisées sentaient la noix et l'iris, c'est plutôt bien non ? ). Du cagnard descendant émane alors cette réglisse passée au percolateur avec des restes de café, la vieille liqueur de noix renversée qui persiste sur le meuble ciré, un rhizome terreux se desséchant au soleil, un résidu salé de transpiration propre... Il y a, dans ce premier fond, de l'aine culbutée, une tension apaisée où il fait bon enfouir son visage.

      ... Et il y a enfin le souvenir du parfum... Avec une tenue terrible Bois Lumière ne joue pas les fantômes : il est là, accroché, marc de réglisse à l'immortelle, miellé un peu âcre, fumé à la cire, chaud de benjoin, dépouillé du reste, on retourne dans la foret, le bois dormant, toujours fier.

     Où me transporte Bois Lumière ? Au milieu de grands arbres, jusqu'à une côte aventureuse, sous un soleil de plomb.
     Ce que me raconte Bois Lumière ? Une histoire de corps que l'on a envie de dévorer...




   

                                                                         Bois Lumière me fait aimer le soleil.
                                        Ici c'est celui sans exotisme mais rempli à la fois de fièvre et de langueur lumineuses.
                                         J'envisagerais même la plage grâce à lui... Ça donnerait plutôt ça donc... Accordé  ?

Photo: Ellen Von Unwerth
                                                         
                             

                                           

 

mercredi 26 mars 2014

Digression : Muscs Koublaï Khan, S.Lutens


   

 

     Muscs Koublaï Khan... Un nom qui m'évoque des steppes à perte de vue, des loups aux aguets, des galops à perdre haleine, une liberté furieuse, des conquêtes âpres, une richesse chatoyante. C'est sauvage et brutal, à ciel ouvert, infini... 
     Puis un jour j'ai posé le nez sur l'odeur de ce nom et au lieu d'immenses étendues farouches j'ai été invitée à pousser une porte, celle du palais du Khan, d'une yourte, d'une chambre. J'ai poussé un lourd tissu et je suis entrée :


Marylin en Theda Bara dans Cléopatre.
Photo par Richard Avedon, 1958

 


    La première fois que je l'ai senti je n'étais pas encore imprégnée de toute sa légende d'animalité sale, quelques on-dit sur le bouc bien sûr, mais rien d'assez fort pour m'emplir d'à priori... Et j'ai été bouleversée.
    Soulever le rideau m'a propulsée au cœur d'une ambiance charnelle assez terrible, baignant dans un luxe "barbare", une musique lascive posant un poignard au creux des reins, une douceur voluptueuse, une tension apaisée dont le cri est maintenant un ronronnement satisfait, un rien narquois. Muscs Koublaï Khan c'est l’alcôve du guerrier révélée : des tentures, des trésors, de la peau, humaine et de bête.

    Cette rencontre je l'ai faite en 2007, et depuis j'ai accumulé les flacons et donc les versions ! Comme Serge Lutens ne le cache pas, des reformulations ont été opéré et bien entendu je râle. Cette impression de voir un lieu pillé par chaque passant qui ôte un fil à la tenture, juste un, pas grand chose, mais pourtant le lustre se perd doucement et l'histoire de la chambre du Khan devient pâle, un souvenir qui se délave malgré la jolie tentative de conservation.
   Alors j'ai pris toutes mes bouteilles et j'ai senti ce que chacune voulait bien me raconter, j'ai croisé mes souvenirs avec les jus bien réels.
     Ici j'ai décidé de parler du plus ancien, à étiquette violette, puis d'un de 2008, de l'export 2009 et enfin d'un 2013. Pourquoi ceux là ?


De l'étiquette violette :
      Parce c'est le plus vieux de ma réserve et d'ailleurs sa tête semble un peu trop flirter avec une rose piquée mais je ne lui en veux pas, c'est une patine d'époque dirons nous !
      Immédiatement je suis drapée dans une fourrure gorgée de costus, grasse et poussiéreuse. A peine entrée dans la pièce c'est la main qui se glisse entre les fesses, sans préliminaire. Bousculée, le visage fardé d'une rose cosmétique et poudrée s'incruste dans la peau de bête. Au milieu des volutes ambrées de labdanum, la botte de cuir exhale le castoréum. Sous la semelle de la terre s'accroche encore, des racines, du patchouli.
      C'est une sensualité sauvage et fougueuse, le corps du cavalier mongol après sa course, sueur et cumin, cheval et cuir. La poussière incrustée dans les tissus... Mais c'est aussi la douceur raffinée d'onguents, de cosmétiques, sur une peau chaude, musquée. Deux univers fusionnent et ne font qu'un, peau contre peau.
      L'étiquette violette c'est ce moment là : un corps imprégné de l'autre, satisfait... Un peu de la poussière des steppes est entré dans la yourte et y a pris place.
      Un bouc ? Non certainement pas, un loup mongol...
      Magistral


De la cuvée début 2008 :
       Parce que je veux mettre le nez sur ce qui précède la révolution que sera l'export plutôt que sur le souvenir de mon premier flacon de 2007 ! Donc voici l'époque étiquette noire avec arcades.
       Une ouverture très différente, sans doute incomparable avec la tête précédente altérée. C'est beaucoup plus raide et baumé à la fois : un peu patchouli à effet chocolat/raie des fesses qui tient toute l'évolution, beurre de cacao, un brin "karité idéalisé" (celui des crèmes cosmétiques qui veulent faire oublier que le karité sent le cul, le beurre rance et le vomi). Le costus est une ombre dans un effet poussière gras. En fait une coupe de fruit cachée apparaît dans cette poussière, rien de prégnant, juste une touche.
       C'est une rose rouge, sombre et grasse de cosmétique, celui du rouge à lèvres à l'ancienne, qui prend le pouvoir, nimbée d'une base animalis superbe. C'est plus aimable, plus rond, moins sauvage... Avec une sensualité plus élaborée. Et étrangement ça sent plus les fesses ! La fourrure animale d'avant laisse place à une peau plus humaine, moins sauvage certes, moins "libre", mais bel et bien plus humainement sexuelle, une idée d'immortelle à la clef.
        L’atmosphère de la pièce est saturée et plus lourde. Labdanum, ambre et vanille sont plus présents, miellés. Plus riche, moins brutale. Plus proche de notre époque ? Une chose est sure le Khan s'est sédentarisé. Il a délaissé les bottes en cuir, seul un fin ceinturon se fait encore sentir.
        C'est un peu triste, ça ne sent plus l'épopée, la porte ne s'ouvre plus sur la steppe. Mais on s'envoie toujours en l'air dans un décor païen,  l'ombre du loup veille, juste plus sage et tranquille, aujourd'hui il jouit de ses richesses plus que de ses conquêtes.
         Magnifique.

De la sortie export 2009 : 
       Parce que je n'y ai pas cru... Lorsqu'il est sorti, encore avec l'étiquette aux arcades, je l'ai négligemment vaporisé, en passant devant un stand vite fait, histoire de sentir MKK ce jour là. Je n'avais rien derrière la tête, pas une seule pensée de reformulation à l'esprit, juste le plaisir de sentir mon parfum. J'ai alors simplement et sincèrement songé que ma peau devait être corrompue par je ne sais quoi et j'ai zappé ce moment fort désagréable de patchouli ultra raide et rêche, entouré de flotte et garni de vanille...
       Bien sur j'y suis revenue, plus d'une fois, et j'ai su que m'a peau n'avait rien à voir dans ce naufrage. Oui, c'était bien le parfum, les traits distordus, grossiers, comme si une invocation chaotique tentait de prendre corps en imitant Muscs Koublaï Khan. Une esquisse rudimentaire, un élémentaire sans force et criard. A pleurer de colère.
       Mais une occasion s'est présentée et je n'ai pas résisté à prendre un flacon... Que j'ai mis des mois à ouvrir. Et là, ô inattendu, il n'était pas laid et bien moins flingué que dans mon souvenir.
       Son départ est toujours trop patchouli peu subtil, la coupe de fruit n'est plus cachée mais bien en évidence, c'est étrange. En fait ce jus me donne l'impression de contours artificiels : tout est appuyé pour souligner le trait au lieu de laisser le contraste créer l'image. On joue sur la saturation pour créer une teinte. Le rendu est joli mais trop brutal, c'est beau mais ça manque d'âme. La patte de l'artiste est faussée, on l'a obligé à revoir sa toile, il essaie de ne pas se noyer.
        Son cœur est plus évident aussi : surjoué et lissé à la fois... Outre la sédentarisation du Khan on en arrive aux voies pavées pour nous montrer la bonne route à suivre !
        La rose est moins sombre et cosmétique, la fesse plus élégante, moins animale, moins sale... En fait non, elle n'est pas plus élégante : elle est mécanique ! Du cul qui fonctionne sans chaleur, qui connait son rôle de cul. Et la dose ambre/labdanum/vanille enrobe l'ensemble un peu trop... "Vastement".
        Tout cela n'est pas horrible ou mauvais. Ce ne sont plus les mêmes instruments qui jouent la partition mais la mélodie reste la bonne. Si j'oublie l'histoire contée autrefois alors oui il est beau.

De la mouture 2012 : 
       Parce que c'est la version la plus tardive que je possède actuellement et qu'elle boucle donc l'histoire MKK pour nez, un logo en guise d'arcades... Et je l'ai ouverte pour la première fois juste pour en parler ici !
       Une telle surprise me dessine un sourire incrédule... Vraiment ? Tout ce rose pâle, ce vert étrange, cette amande talquée, ce fruit frais, tout ça dans ce jus là ???
        Bon je recommence... C'est toujours présent mais un peu plus profond tout de même, j'ai exagéré. En revanche la première image qui me vient à l'esprit est : le jour et la nuit. Je suis en plein jour ici, c'est jeune et lumineux. Il y a une odeur de "parfum", détestable, que je n'arrive pas à définir, et du vieux powerhouse 80's éventé s’immisce dans tout ça. Il est modernisé pourtant. Ça lui donne une bouffée d'air frais, une fenêtre sur une steppe bien changée.
        Si celui d'avant était une tentative d'incarnation brutale, celui ci est une réincarnation épurée... De sexuel je n'y vois qu'une vierge se masturbant devant un poster du khan... Oui j'exagère encore mais ce contraste jour/nuit est très déstabilisant. En fait j'ai dans le nez un faux chypre qui veut faire femme.
         A l'évolution il est beaucoup plus travaillé que l'export, il gagne en finesse et maîtrise. Mais il perd toute sauvagerie. Le cul ? Hmmm, il est là et bien propre, on y glisse à peine un doigt par principe.
         C'est trop carré, on a troqué la chevauchée barbare et sexuelle contre un corset blanc un peu pervers et les fourrures sont aussi sold out que dans un film porno...
         Malgré tout le fantasme opère et si l'ombre du tigre blanc de Sibérie se mue en chaton arrogant et joueur pourquoi pas, bouder serait se priver. Et surtout vers la fin la nuit tombe et le corps redevient un peu plus libre... Muscs Koublaï Khan est bien là, il est beau.






     Ces versions je les ai senties "en même temps" dans une volonté de comparaison et ce fut très pénible !!! Je fus bien souvent la colère incarnée,  prête à éventrer des fourmis par frustration, à chouiner de dépit, à prendre un billet aller simple pour Oulan Bator et m'inscrire à un tournois de lutte... Séparément elles sont toutes des parfums que je choisirais aujourd'hui avec plaisir.
     Étrangement je trouve que c'est le passage de l'étiquette violette à la version 2008 qui est le plus spectaculaire : ce sont deux univers différents aux liens ténus, il y a tout un pan de non dit entre les deux... Toutes les autres versions sont des "déclinaisons", découlent les unes des autres, le lien est bien direct.


       Je suis tranquille avec les reformulations, les discontinuations : il n'y en a plus ? C'est moche ? Tant pis, j'ai profité, j'ai connu, j'ai vu, j'ai aimé... Il y aura d'autres choses.
      Mais là je vois bien l'ombre d'une angoisse se profiler et rire de moi : comment vivre sans ce parfum ? il faudra déjà beaucoup de tendresse pour supporter le dernier changement... Je ne veux pas le perdre.




Addendum : j'ai remis le nez sur ma version 2012... Et c'est bien plus joli ! Quelle est donc cette magie ? Une petite réflexion s'impose ici



lundi 20 janvier 2014

Digression : C'est La Vie, Christian Lacroix

    J’ai construit mon histoire avec le parfum sur l’idée que nos débuts furent compliqués : les années 80‘s m’ayant retourné le nez et l’estomac, grâce à ces dames prêtes à conquérir le monde à l'aide d'une demi bouteille, déversée chaque matin dès 8h, au creux de leurs épaulettes. Dans l’ascenseur, les transports, les lieux confinés... Ce fut rude.
    J’ai mis du temps à apprécier le corps d’un parfum, et longtemps je n’ai porté que des jus plutôt légers (Osons situer l'affaire : Mûre et Musc de l’Artisan Parfumeur et Bambou de Weil !), laissant mon vice, déjà présent tout de même, se satisfaire des "outrageusement nucléaires" juste au bouchon, sur touche, mais jamais sur moi...
    Pourtant je viens de mettre la main sur un flacon, mon flacon... La légende trinque d'un coup ! Je l’ai porté presque à sa sortie, je l’ai aimé, et il n’est ni léger, ni clair, ni tendre, ni doux...

 


    1990, Edouard Fléchier prend la direction d’un grand orchestre symphonique et remet à la maison C.Lacroix une partition chatoyante et bruyante : C’est La Vie...
 

 

    Quelle entrée ! Tout tremble et résonne dès les premières notes, chaque instrument donne de la voix, l'accord semble précaire et pourtant il ne rompt pas, il est le décor même de l'histoire... C'est La Vie, C'est Casse Gueule, mais on fonce à travers entre joie et lourdeur.
    Les aldéhydes jaillissent, ourlés d'un ananas bien mûr, épicés d’œillet, gorgés de fleurs blanches très tubéreuses/seringats, avec cet aspect terpène narcotique... Un effet malabar framboise/cerise/jasmin accompagne l'ouverture de façon incongrue -et girly avouons le- pour très vite se fondre en une rose gourmande. Le coussin d'ambre est déjà là, juste une armature, il canalise le geyser.


    Lorsque le parfum se pose, le bouquet blanc laisse doucement tout le reste s'exprimer : de la pêche, jaune sans être très sucrée, un patchouli un peu rêche et boisé, de l'iris bâillonné au cèdre, une fleur d'oranger bardée d'ylang, jasmin, musc, benjoin, héliotrope, vanille... Toutes les notes, les matières s'entendent parfaitement... Il suffit de les lister et elles sont là, évidentes en plein fouillis, on ne peut les manquer...
      Oui c'est un joli bazar, une sorte de brouhaha enivrant, plein d'entrain. C'est plonger son nez dans le décolleté trop froufroutant d'une cocotte encore fraîche et jeunette,  de celles qui sont assez fières et arrogantes pour assumer leur brin de vulgarité sans aucune justification... Too much ? A peine. Juste ce qu'il faut en tout cas.
       Pourtant il a aussi un aspect plus profond, un velours tape à l’œil, aux zones d'ombre fuyante, miroitant au coin du feu, une tache de vin chaud, cannelle orange, fondue dans les plis. Le cuir d'une main gantée qui frôle des lèvres peintes. Et puis cette odeur de cheveux nourris d'huile indienne au jasmin qui reste sur l'oreiller...
     En réalité il n'y a aucun désordre, les 137 musiciens sont servis par une acoustique parfaite, ce qui est joué l'est avec justesse, l'émotion de la pièce est sur un fil instable, une sorte de united states of tara latent, et c'est sa force...  C'est La Vie ou l'art du chignon coiffé décoiffé !!!

   
     
      Mais je dois avouer que si son évolution arbore de jolis bois à la fois lactés et rêches, qu'elle devient moelleusement musquée, si elle adoucit l'ardeur des fleurs blanches et qu'elle tamise l'ambiance entre poudré et crémeux, elle n'oublie guère l'ambre, la vanille, l'héliotrope et le cortège de sucre des fruits, me le rendant tragiquement importable j'en ai peur... Mais  le minuscule champignon qui pointe, perturbant dans ce tableau, est terriblement intrigant et presque addictif, malheureusement il ne dure guère !
    Au final C'est La Vie joue sur toutes les facettes : floral, boisé, gourmand, fruité, poudré, grave, pétillant, très fille, très femme...C'est étrange de savoir que je l'ai porté, qu'il m'a plu. Une drôle de photo souvenir... Je m'y perds et je m'y sens bien.

(...Et j'ai toujours vu le flacon comme un rocher avec une branche de corail, bien trop petite d'ailleurs... Le cœur biologique de la chose m'avait totalement échappé. Je l'aime bien ce flacon...)






 

dimanche 15 décembre 2013

Les saisons d'Epona

   J'ai choisi la version de Lys Epona courant mars, toute fin d'hiver, avec son temps parfois étrange, humide, frais, mais pas toujours... Puis j'ai découvert son visage définitif, celui d'après le sortilège de l'eau, début mai, au cœur du printemps et de ses jours plus cléments, encore un peu agités par moment...
   Depuis, toutes les saisons ont parlé, même si je ne connais pas encore le froid presque polaire que peut nous réserver janvier !
   Et après l'avoir retournée en tout sens, à la hussarde même, après l'avoir disséquée, toujours avec amour, je la connais donc enfin sous tous les temps et ça c'est essentiel... C'est surtout divinement bon !!!
   En plein à priori, avant de vivre la complète révolution astrale en sa compagnie, j'ai immédiatement pensé que le meilleur des temps pour elle était une belle journée tiède, un peu venteuse, entre coup de chaud et frais. Une météo qui mettrait tous les éléments au même niveau afin que chacun parle comme il l'entend.
   Puis le calendrier s'est écoulé, j'ai appris et les belles journées ensoleillées et fraiches du moment m'ont donné envie de parler de toutes les différences d'humeur de la bête.




Du Printemps :
    Mon premier contact d'une certaine façon. Et effectivement c'est là que j'ai entendu toutes ses
 matières se répondre le plus clairement, chacune où je l'attendais.
    Au printemps Lys Epona s'est révélée combative, farouche et fière, dévoilant doucement son
labdanum sans vraiment en jouer toutefois... Ce qui a été une très belle ruse pour m'apprivoiser je
dois dire !
    L'animalité était sauvage et la sensualité d'un rêche séducteur... Apre et enjôleuse, Lys Epona a joué carte sur table sans pour autant dévoiler son jeu. Tout y était cédant goutte à goutte chaque image sans jamais tomber le masque... Vive dans les coups de froid, sensuelle dans les courants chauds...
    Le printemps finalement lui donne un air qui se moque de tout, elle vit sa vie.





De l'Eté :
     Puis les jours ont explosé sous la chaleur et j'ai eu peur. Peur de voir surgir le labdanum et l'entendre crier vanille (oui j'ai des peurs irrationnelles, mais toujours de bon gout !). Pourtant c'est une moiteur languissante qui est apparue sous la toxicité narcotique des fleurs blanches et ce fut délicieux !
     Comme macérée dans ses fantasmes Lys Epona a exhalé entre moiteur et raideur. Acreté d'écurie
mêlée de salive séchée, une explosion charnelle !
     Le labdanum est monté aussi, comme l'accessoire nécessaire à la balance entre rigidité et décomposition... Le gant de la main qui gifle.







De l'Automne :
     Lorsque le temps s'assombrit, l'image devient ombrageuse et Lys Epona glisse dans un univers plus rude, une danse avec les éléments s'opère et elle se trouve gorgée d'une nostalgie sensuelle.
     Parfois un peu jeune dans sa course, le vert sec trébuche et se mouille dans l'écurie... Plus mure elle se trouble d'un lys pourrissant sur un lit médicinal.
     Elle joue sur une fraicheur qui se laisse vaincre par la chaleur d'un labdanum fusant au milieu des
fleurs.
     Elle est la ruade qui défie le temps, un dernier galop de liberté, érotique, presque rageur, celui qui fait perdre la notion du temps.





De l'Hiver :
     Saisie par le froid Lys Epona pétille ! Ultra vivifiante elle offre son ouverture aux quatre vents et fouette le sang avec eux.
     Les fleurs sont un peu closes oui, mais elles sont bien là, comme un cachemire autour du cou, léger mais confortable... Indispensable !
     C'est raide, rêche, âpre. Et pourtant un murmure chaleureux accompagne la course éperdue. Comme si les matière cristallisées se condensaient sur un cuir encore tiède.
     Elle s'est roulée dans les herbes fraiches, a accroché quelques fleurs tardives à ses jupons et maintenant elle rit de tout ça.
  
  

  

   Aujourd'hui je ne saurais choisir sa saison... J'avoue juste que le printemps n'est pas ma préférée, c'est étrange, c'est pourtant le temps de notre rencontre...






Les photos sont celles de kimonos réalisés par Itchiku Kubota, de pures merveilles respectant la technique ancienne "Tsujigahana". Cote à cote ces kimonos forment un paysage continu. Un temps fou pour les réaliser, l'œuvre d'une vie... Sublimes.
Les informations sont éparses à ce sujet mais elles méritent la recherche...