dimanche 22 mars 2015

Olfactorama : Rimes Féminines...

     Voter pour le meilleur féminin. Le Grand Féminin. Je vous évite la diatribe féministe hors sujet qui court dans ma tête à cet instant et finalement, pour la femme que je suis, ce sera simplement celui qui pourra faire écho à ce superbe titre de Juliette Noureddine :




   Le challenge est grand n'est ce pas ? J'attrape les fioles étiquetées F et j'ouvre mon nez :

  -F1 : Je connais. C'est un peu la démonstration du "maintenant vous savez que l'on sait", "vous en voulez ? Tenez ! ". Oui mais non.  Ennui très grand et malade en voiture assuré.

  -F2 : Hmmm, qu'est ce donc... Joli et agréable. Un détail me fait peur mais il semble très bien passer. En fait il a un petit truc vilain qui fait tout son charme. Mais vilain quand même. Il va me falloir un peu de temps avec celui ci.

  -F3 : Vraiment ? Vous êtes sérieux ? Vous avez écoutez la chanson ??? Mon estomac est très, mais alors très, contrarié... Je ne sais pas ce que c'est et je vivais fort bien avec cette ignorance... Heureusement un médoc semble se glisser pour calmer l'affaire.

  -F5 : Mon estomac continue à être fort contrarié... Mais dans un autre genre. Une contrariété façon tantine too much. Elle perd sans doute un peu la tête, au moins je peux sourire entre deux rendus. Mais à l'évolution je ne souris plus du tout et je supplierais même pour ressentir F3 !

  -F4 : Voici un bel enveloppant. Il fait du bien malgré ses grosses paluches. Enfin elles sont un peu lourdes là quand même... Oui, il faut ôter vos mains sinon il va encore y avoir une histoire avec mon estomac... Mais bon, j'avoue que l'odeur me plait.


   Avec cette sélection j'ai du mal. J'en ai reconnu un avec certitude, je pourrais prendre de petits paris sur deux autres mais rien de sérieux en réalité. Pas de coup de cœur à l'horizon. Voter va être compliqué, j'ai bien peur de devoir recommencer ce parcours ci, armée de courage et d'esprit scientifique, désarmée de tout gout personnel... Enfin j'en garderai un peu planqué dans ma jarretière, faut pas déconner !


Juliette, Rimes Féminines 1996









Addenda : 
voici les noms des parfums qui ont été testés à l'aveugle :
F1 : La Panthère, Cartier
F2 : Rosabotanica, Balenciaga
F3 : Reveal, Calvin Klein
F4 : Burberry Brit Rhythm, Burberry
F5 : White Tubereuse, Reminiscence



mercredi 18 mars 2015

Olfactorama à l'aveugle...



Paulette Goddard, 1943 The Crystal ball.



Votre mission, si vous l'acceptez :
       Ouvrir l'enveloppe craft, lire les deux feuillets joints, empoigner les fioles étiquetées de simple lettre et numéro, vaporiser, sentir et voter.
       Cette année, pour sa troisième édition, l'Olfactorama  s'offre un petit plaisir : mettre le nez du jury invité à l'épreuve. C'est en effet à l'aveugle que se fait la découverte de la sélection 2015. Aucun nom n'est dévoilé, seul un code sur les échantillons sert de repère.
       Ainsi rien ne devrait venir friser les poils du nez avec de quelconques à priori quant à ce que nous allons sentir. La marque ? Le nom ? La réputation ? Le souvenir ? Cela se retrouvera donc au même endroit qu'un mauvais arbitre et l'avis sera vierge, libre de toute sensation ou intellectualisation.
       Je tiens donc avant toute chose à remercier l'inventeur de la touche, de la mouillette ! Bénédiction sans nom que de pouvoir vaporiser sans crainte de se voir plaquer une horreur sur la peau ! Horreur que j'aurais pu préalablement identifier grâce à son nom si les créateurs n'avaient trouvé amusant de jouer avec mes nerfs...



      Il y a donc 6 sets contenant chacun 5 vapo échantillons. Au milieu de deux des lots se dresse une chose brillante. Ayant été pie dans une vie antérieure je décide de commencer par l'un d'eux. Il s'agit de celui codé en V, le bal est lancé :

 
     - V5 : Celui qui brille. J'ouvre délicatement ce qui s'avère être une touche imprégnée, protégée dans un écrin de papier d'alu.  J'aime, c'est terriblement agréable. Je ne pense pas connaitre... J'ai beau minauder encore mieux que Carla, je me heurte à un refus net : on ne me révélera rien (en fait j'ai peu minaudé, sinon bien entendu j'aurais eu ma réponse !) Une idée germe, mais ce n'est que recoupement.

      -V3 : Hmmm, cela ressemble clairement à un Gabuzomeu... Bof... Si, peut être... Il se pose sur la touche et je le reconnais finalement, c'est évident. J'aurais du immédiatement l'identifier. J'aime bien, vraiment, mais je n'userais pas mes stilettos pour aller l'acheter...

     -V4 : Je ne reconnais pas et je ne pense pas connaitre tout court. Pourtant il a quelque chose de familier. L'un de ses cotés me plait, l'autre est détestable. Plus ça va, plus je suis certaine de le connaitre en fait... Le travail, l'esprit...Ça m'énerve de ne pas réussir à mettre un nom dessus. 

     -V2 : Mais c'est quoi ça??? (en fait, je pense avoir eu "truc chelou" en tête). J'adore ! C'est bizarre (chelou donc oui) et addictif. Je me demande comment je suis passée à coté de celui ci, j'en veux !!! C'est... Je ne peux pas le décrire pour le moment, c'est frustrant de le déguster en silence !

     -V1 : Pas mal du tout aussi... Je ne connais pas, pourtant je devrais je crois... Un truc me dérange... Non j'aime bien... Je me creuse la tête, j'ouvre mes chakras aux quatre vents et je m'aventurerais bien à dire qu'il s'agit de Gabuzomeu !

   
     Joli moment avec ce premier lot ! Aucun ne m'a fait peur, rien ne m'a trop agressé et d'une certaine façon, dans une certaine mesure, tout m'a plu à un moment ou un autre... Merci à l'équipe ! Mais je voudrais bien pouvoir sentir ce V5 en version liquide !!! Dites moi ce que c'est !!! Juste afin de voter objectivement après un test sur peau... Logique non ? Voire nécessité absolue...

   Pour bien faire les choses, je ne me suis pas parfumée avant ces tests... Il est temps d'y remédier ! Quoi mettre ? Je scrute mes flacons... Pourquoi pas celui ci, il y a longtemps. Hop je me parfume enfin. Ha... D'accord... Je sais donc qui est V2 ( j'ai aussi été buse dans une autre vie antérieure...)









...Vous pouvez aussi suivre l'olfactorama  ici. Et encore une fois, MERCI à toute l'équipe de l'Olfactorama pour tout le travail de sélection et la préparation de ces délicieux et frustrants sets à l'aveugle.






Addenda : 
voici les noms des parfums qui ont été testés à l'aveugle :
V1 : Smoke for the soul, By kilian
V2 : Imprerial Tea, By Kilian
V3 : Cuir d'Ange, Hermès
V4 : Oeillet Bengale, Aedes de Venustas Parfums
V5 : Dahab, MiN New york




mardi 3 février 2015

Digression : Miel de Bois, Serge Lutens

 Abeille en vol et son récolteur de pollen, 3dvert  


     Une sculpture s'anime, un philtre mi organique mi végétal coule sur la matière et l'éveille à la vie. Si Midas changeait du bout des doigts toutes choses en or, Miel de Bois lui, transfigure la peau en idole païenne, précieuse et animale. Midas faisait mourir, Miel de Bois donne vie.
   
      Lors de sa sortie en 2005 ce sont pourtant deux mots bien éloignés de cette magie qui se sont disputés la priorité : vespasienne et pliz. Urine et ersatz d'encaustique. Bon, voici donc en course une fois de plus le mystère pas si mystérieux des fleurs qui sentent la pisse. Le jeu sur cette frontière est intéressant, je peux sentir de quoi il s'agit, mais pipi et fleur miellée sont bien différents : tentons la tête dans chacun et reparlons en a posteriori un de ces jours...
     Quant à "l'encaustique", la cire est bien là, mais comment réduire une merveille complexe à ce stéréotype domestique pavlovien ??? Tout ce qui est blanc et poudreux n'est pas forcément de la neige... Non, la partition de Serge Lutens et Christopher Sheldrake est bien au delà de ce flirt simpliste.
 
     C'est une histoire d'iris raide qui cercle un arbre vigoureux. Le bourdonnement d'un essaim sur l'écorce laissant une trace cireuse et duveteuse. Une foret acre gorgée de pollen, entre terre et rai de soleil.
      Le miel ne cède rien à la gourmandise. Il reste rude et sauvage. Pourtant quelque chose s'immisce... Une idée de confit boisé, un fût de chêne oublié, à la fois rugueux et poli, le souvenir vague d'une liqueur colorant les parois. En fait c'est à la cire que ce miel cède :  le liquide a fini de couler au fond de la gorge, les doigts broient maintenant les rayons cireux.
     Et cette cire, pleine des bois précieux où elle s'est accrochée, imprègne le corps, le pénètre. Le parfum devient une peau vivante, patinée. Il se fond sur la peau ? Non, la peau exsude Miel de bois, comme si cela lui était naturel. C'est la peau qui transpire et ses fluides sont Miel de Bois. Cet effet est fascinant.
      Une animalité brute et tranquille s'installe. La rudesse apre du miel rustique qui flirtait avec la goutte d'urine se mue en trace de sueur boisée. Le butin des abeilles s'adoucit et blanchit, laissant une fine pellicule onctueuse sur la peau sèche.

     J'ai différents flacons de cet élixir charnel (le cul-cul praliné de Guerlain m'a tuer, pardon...). Ceux datant de 2005 -sa sortie- sont en effet extrêmement raides avec l'effet vespasienne qui pointe. Taillés au silex, alvéoles et bois sont presque agressifs en tête. C'est sans concession, la nature brutale explose. Lorsqu'il se pose il reste sombre, presque ombrageux. Mais l'osmose avec la peau est fabuleuse : c'est avec lui que la patine prend le mieux.
     Les versions plus récentes (je n'en ai pas après 2010, il faut que j'y remédie !) présentent un aspect plus couture et ciselé. "Beaucoup plus beau" d'une certaine façon. Plus délicat et avenant. Du concept païen on passe à la haute couture perverse. Le miel prend sa part sur l'encaustique, les meubles cirés deviennent plus précieux, moins rudimentaires. Le final est moins spectaculaire : le parfum se fond sur la peau sans cette impression que la peau est Miel de Bois. Il reste sublime sans l'ombre d'un doute.

     Avec Muscs Koublaï Khan, Miel de bois fait partie des Lutens dont je ne peux me passer (pour le plaisir de leur simple évocation j'ajoute Iris Silver Mist et Chêne ). Extraordinaire. Tout simplement merci pour ces tableaux Monsieur Serge...

   
   

dimanche 25 janvier 2015

Digression : Maturation en flacon ? Muscs koublaï Khan bis et autres...



Hans Baldung, les 7 étapes de la vie d'une femme. 1544




      Lorsque j'ai écrit mes ressentis quant aux diverses moutures de Muscs Koublaï Khan, je débouchais tout juste mon flacon 2012 pour l'occasion... Et je fus platement décontenancée à défaut d'être sauvagement renversée sur une peau de bête !
    Je le trouvais pâle, épuré, un côté jeune fille en fleur au bord du nez, à la fois limpide et brouillon. Comme un vin un peu plat qui a perdu sa jambe bien charpentée.

      Puis j'ai remis le nez dessus un jour de "économisons la sublime version, lapidons le pis-aller" (oui parfois je suis raisonnable, c'est ridicule.) et j'ai été... Décontenancée à nouveau : il avait repris corps. Quelque chose s'était agencé, s'appropriant l'espace, trouvant de nouvelles marques.  Il reste plus clair que mes autres versions, mais indéniablement il a gagné en profondeur, il s'est assombri et surtout il s'est affirmé.
      J'ai alors pensé à l'effet que m'avait fait la version export lors de sa sortie, plutôt horrible, et à la différence que je sentais aujourd'hui dans mon flacon, plutôt pas mal. J'avais mis ça sur le compte des souvenirs, de la déception, voire tout simplement d'une mauvaise forme nasale lorsque je l'avais senti pour la première fois...

      Récemment j'en ai discuté, à plusieurs reprises, avec différents passionnés, bloggeurs, professionnels, fétichistes des odeurs et autres doux dingues...
      La "simple" reformulation ne peut expliquer un changement au fil du temps dans un flacon (un flacon conservé dans de bonnes conditions. Oui, je vous vois venir : non, mon flacon ne prends pas de bains de soleil, ne file pas du sauna au hammam en passant par l'igloo !). Alors la raison tiendrait elle à la "maturation en flacon" ? Le parfum continuerait il son évolution hors de la cuve où il est un peu censé prendre ses marques me semble t il ? (imaginez, vous achetez du beurre mais à vous de le baratter...). Cet état est plutôt bien reconnu pour L'Heure bleue de Guerlain par exemple, qui prend une toute autre profondeur si on l'oublie quelques temps au fond d'une grotte avant de s'en délecter.
      Et puis il y a aussi une question de matière, de récolte, de lot... Mais la part de matières naturelles permet elle cet écart ? La qualité alors ? La difficulté de stabilité dans l'achat des composants selon les volumes ?
      Et si l'ouverture du flacon activait une réaction ? Pour certains vintages qui semblent avoir subit les outrages du temps, parfois une petite aération est profitable : un peu comme si cela permettait à tous les éléments viciés de se faire la malle loin, loin, loin. Bien sûr cela ne fait pas de miracle, juste du bien ! Mais pour un flacon neuf, jamais ouvert, qu'est ce que cela pourrait faire ? Une sorte d'oxydation positive ? Têtue, j'ai racheté un flacon export arcade (je saute sur tout ce qui bouge, donc sur les occasions aussi !), je vais l'ouvrir, le sentir, noter et l'oublier... On verra bien ce que cela donne !

      Tout fraîchement je viens de tester et comparer (en fort bonne compagnie ! D'ailleurs, mesdames, vos avis seront précieux ;-) ) Bois de Violette, cuvée toute récente et flacon export arcade. La différence est là indéniablement. Et... J'ai cette même impression de "plat" et "clairet" qu'avec Muscs Koublaï Khan 2012. Je me dis alors, que peut être, il faut lui laisser une chance, il ne demande sans doute qu'à s'exprimer, lorsqu'il aura grandi un peu.
      Du coup je me demande ce que donnerait Miel de Bois, ma deuxième passion chez Lutens (j'en parlerai sûrement bientôt). J'ai plusieurs versions là aussi, mais aucune récente, il faudrait que j'y remédie ! Aura t il lui aussi besoin d'une dormance dans un bain révélateur, telle une vieille photo argentique ne demandant qu'à apparaître ? Mais alors aurons nous besoin d'un bain d’arrêt afin de stopper le développement une fois découverte l'image voulue ?


      Bref, Muscs koublaï Khan 2012 est plus joli en 2015 qu'en 2014... Cela valait bien une petite rectification !!!